Confrontation ou non-confrontation ? – Les questions fondamentales pour la défense efficace des animaux

Explication: A quel point devrions-nous être confrontationnels dans notre activisme? La plupart des partisans de la défense efficace des animaux ont peu de difficulté à catégoriser chaque activisme comme conflictuel ou non conflictuel, bien qu’il soit difficile de trouver une définition précise et complète. Les points clés pour évaluer la confrontation incluent : Dans quelle mesure une tactique particulière rend-elle son public inconfortable? A quel point cela dérange-t-il les gens de leur routine habituelle? Combien cela évoque-t-il la colère ou provoque-t-il d’autres formes de stimulations émotionnelle?

Arguments pour la confrontation

  1. Certains mouvements sociaux bien étudiés, tels que l’anti-esclavage américain, le droit de vote des femmes et le mouvement des droits civiques des années 1960, semblaient bénéficier grandement des tactiques de confrontation. [9] [10] [11] [12] [13]
    1. Les critiques notent -et les partisans de la confrontation leur accordent- que de nombreux points important nous différencient de ces mouvements, comme le fait que notre mouvement soit dirigé par des alliés au lieu des opprimés eux-mêmes et le degré de soutien populaire au moment de l’action conflictuelle. L’implication de ces éléments pour ou contre la confrontation n’est pas claire. [14] [15]
    2. Les effets de la confrontation non-violente ou de la confrontation violente diffèrent probablement substantiellement. Ce qui les qualifie en tant que violente ou non-violente n’est pas clair. [16] [17]
  2. La perturbation, l’inconfort et la colère ont tendance à faire prendre conscience aux gens et à les faire s’exprimer, que ce soit pour ou contre les activistes. Cela peut conduire à plus d’attention des médias et un plus grand nombre de personnes atteintes par un message pro-animal. [18]
    1. L’indignation morale est importante pour surmonter la tendance à justifier le statu quo. C’est une étape importante dans l’acceptation de messages favorables aux animaux [19].
  3. La confrontation implique que la question est suffisamment importante pour que les gens protestent, ou même aussi importante que les mouvements sociaux historiques qui ont utilisé la confrontation.

Arguments pour la non-confrontation

  1. La confrontation a probablement un «effet de retour de flamme» (ou effet boomerang) où le message pro-animaux éloigne en fait une partie de l’auditoire d’une position pro-animal. [20] [21] [22]
  2. Bien que la confrontation puisse réussir à obtenir une couverture de presse importante, elle pourrait être trop négative pour être utile, et pourrait en fait nuire à la réputation des défenseurs des animaux [23].
  3. Les opposants britanniques à l’esclavage n’ont pas organisé de manifestations publiques avant que le public ne soutienne largement leur objectif spécifique [24].
  4. Au lieu d’être reliée à des mouvements sociaux historiques respectés tels que les mouvements des droits civiques des années 1960, la confrontation pro-animale pourrait plutôt être catégorisée avec des mouvements de protestation moins respectés, comme l’activisme anti-avortement. La confrontation pourrait également faire associer tous les défenseurs des animaux avec des sous-groupes de moins bonne réputation qui utilisent des tactiques fantaisistes ou violentes. De même, il existe sans doute de plusieurs exemples de mouvements sociaux de confrontation infructueux tels que le mouvement Occupy et le mouvement anti mariage gay. [25]
  5. En étant perçus comme agressifs et agissant de manière non conventionnelle, les militants confrontationnels risquent d’être moins persuasifs parce qu’ils apparaitront comme autoritaires, moins sympathiques et moins similaires à leur public. Cela pourrait être atténué, par exemple, en s’habillant professionnellement lors de manifestations [26].
  6. L’indignation morale peut provenir de sources moins risquées que les tactiques de confrontation, telles que simplement montrer aux gens la cruauté exposée par des enquêtes d’infiltration. [27]
  7. Les personnes rationnelles pourraient être particulièrement moins susceptibles de s’associer à un mouvement animal conflictuel en raison d’un plus grand souci pour leur réputation intellectuelle, ou d’une aversion générale pour les tactiques argumentatives qui ne se concentrent pas sur des arguments rationnels. [28]
    1. L’importance de cet argument dépend de l’influence que vous attribuez à ces personnes. Par exemple, si l’on pense qu’une technologie avancée telle que l’intelligence artificielle est susceptible d’être développée rapidement en ayant un impact important sur la société, les personnes impliquées dans ces technologies pourraient avoir une influence disproportionnée, tout en étant moins réceptives aux tactiques de confrontation.
  8. Certains affirment que le mouvement actuel de défense des animaux d’élevage manque de soutien public suffisant pour utiliser efficacement la confrontation. [29]

Arguments non tranchés

  1. La confrontation a plus d’un effet polarisant, variant considérablement en ce qui concerne le fait qu’elle entraîne plus ou moins d’acceptation chez chaque membre de l’auditoire. Certains pensent que la polarisation conduit à plus de questionnement et de changement social [30], tandis que d’autres pensent que cela conduit à un blocage dû à un manque de soutien unilatéral.
  2. La défense des animaux semble actuellement bénéficier d’un soutien public limité (par exemple, la plupart des gens consomment encore des produits issus de l’élevage intensif). Certains pensent que cela rend la confrontation plus efficace puisque les mouvements sociaux pourraient avoir besoin d’attention pour initier un effet boule de neige [31], alors que d’autres pensent que cela rend la confrontation moins efficace car elle fait paraître les militants marginaux et impopulaires.
[9] « L’action prise par ces activistes était radicale et dangereuse: l’incendie public de William Lloyd Garrison de la constitution américaine, qu’il a appelé une « alliance avec la mort », l’a presque laissé mort après un lynchage par la foule (il a ironiquement été sauvé par la police, qui l’a saisi et l’a jeté en prison pour son action). Goodman écrit que «l’abolitionnisme a grandi, contrairement à l’American Colonization Society, en dépit de l’hostilité des élites, des préjugés populaires et de la violence physique, et cela a exigé un engagement organisationnel et idéologique exceptionnel.» Malgré ces obstacles, l’abolitionnisme radical a connu un grand succès, passant de 4 à 1348 antennes locales indépendantes en seulement six ans – une augmentation de 34 000% du militantisme (Goodman, 124). Cette croissance exceptionnelle couplée à un message fort et à un activisme provocateur a eu une influence extrême sur le dialogue public et l’action politique sur l’esclavage, poussant les tensions publiques au bord de la guerre civile. » – Brian Burns, An Opiate to the Conscience: Welfarism as a Step to Animal Liberation
[10] « La volonté des grévistes [du National Womans Party] d’être arrêtées, leur campagne de reconnaissance en tant que prisonnières politiques plutôt que comme criminelles, et leurs actes de désobéissance civile en prison ont choqué la nation et ont attiré l’attention et le soutien à leur cause. Grâce à une agitation constante, le NWP a efficacement contraint le président Wilson à soutenir un amendement fédéral pour le suffrage des femmes. Une pression similaire sur les législateurs nationaux et étatiques a conduit à la ratification du 19ème amendement en 1920. » – Bibliothèque du Congrès, Tactics and Techniques of the National Womans Party Suffrage Campaign
[11] « L’histoire du Greensboro Four s’est répandue loin, loin au delà de la ville de Greensboro. Et puis soudain, presque inexplicablement, la vague est devenue une cascade – une cascade si large et puissante qu’elle balaya le pays dans une marée d’action directe. À la fin de la campagne, plus de 100 000 personnes à travers l’Amérique participèrent à des sit-ins, malgré le risque d’arrestation, de coups, ou même d’assassinat. » – Direct Action Everywhere, Why Direct Action
[12] « Cette stagnation était en opposition totale au grand succès de l’American Anti-Slavery Society (AASS), qui atteignit 250 000 membres en seulement cinq ans de 1833 à 1838. L’AASS s’opposa ouvertement et agressivement à l’esclavage, provoquant des réactions violentes de son opposition. L’Encyclopædia Britannica décrit: «Les activités anti-esclavagistes de la société se heurtaient fréquemment à une opposition publique violente, avec des foules envahissant des réunions, attaquant des orateurs et incendiant des presses. – Jacy Reese, Confrontation, Consumer Action, and Triggering Events
[13] « Le mouvement des droits civiques des années 60 est l’un des mouvements sociaux les plus récents et les plus importants de l’histoire des États-Unis. Il s’agissait en grande partie de tactiques de confrontation telles que des manifestations, des sit-ins et des marches. Ces actions ont apparemment conduit à plusieurs réalisations législatives majeures comme la loi de 1964 sur les droits civils qui a interdit la discrimination à l’emploi fondée sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, le mouvement est devenu plus violent avec les émeutes urbaines et le mouvement Black Power. »- Jacy Reese, Confrontation, Consumer Action, and Triggering Events
[14] « Ici, Alex argue que nous manquons de crédibilité car nous ne venons pas de la classe opprimée et que les troubles à l’ordre public érodent notre crédibilité, donc nous devrions les éviter. Il y a d’autres manières dont notre mouvement diffère des autres mouvements, cependant, qui suggèrent que nous pourrions vouloir plus de troubles… Je ne veux pas dire qu’Alex a tort de dire que notre mouvement est différent des autres mouvements. Tous les mouvements sont différents et toutes les comparaisons sont imprécises. Mon point de vue, au contraire, est qu’il est au moins difficile de savoir si nous devrions être moins agressifs que d’autres mouvements. » – Zach Groff, A (Potential) Summary of Disagreements and Agreements on Direct Action
[15] “Les hypothèses de base qui sous-tendent ces conclusions sont (i) si un mouvement social historique a trouvé le succès en utilisant une tactique particulière, les mouvements sociaux existants devraient favoriser cette tactique, et (ii) le poids à accorder aux leçons d’un mouvement social historique devrait être proportionnel à la similitude entre les deux mouvements comparés. » – Jacy Reese, Confrontation, Consumer Action, and Triggering Events
[16] « Lors des élections présidentielles, la proximité des protestations non-violentes dirigées par des noirs a augmenté la part des votes démocratiques blancs alors que la proximité des protestations violentes dirigées par des noirs a provoqué des déclins substantiellement importants et a probablement fait basculer les élections de 1968 de Hubert Humphrey vers Richard Nixon. Cette recherche a des implications importantes dans le domaine de la communication politique, des mouvements sociaux et du comportement électoral. » – Omar Wasow, Do Protests Matter? Evidence from the 1960s Black Insurgency
[17] « Je trouve une relation significative et négative entre la destruction de propriété associée à des protestations et la chance de succès à court terme dans le changement politique. » – Emiliano Huet-Vaughn, (PDF) Quiet Riot: Estimating a Causal Effect of Protest Violence
[18] « L’un des composants clés de l’activisme conflictuel est l’effet de l’excitation émotionnelle et de l’indignation morale. Si vous avez déjà assisté à une manifestation ou même regardé une vidéo en ligne, vous avez probablement ressenti une sorte d’accroissement émotionnel, beaucoup plus que lorsque vous avez distribué ou reçu un tract.” – Jacy Reese, Confrontation, Consumer Action, and Triggering Events
[19] « Notre intuition suggérerait que l’indignation morale est un moyen efficace de vaincre la justification du système, et une étude par le professeur d’affaires Cheryl Wakslak l’a confirmé. Elle a déduit de recherches antérieures que l’indignation morale, par ex. «je me sens vraiment en colère quand j’apprends que des gens souffrent d’une injustice», est une motivation importante pour les personnes qui sont portées à aider ceux qui souffrent d’inégalités sociales et économiques. » – Jacy Reese, Confrontation, Consumer Action, and Triggering Events
[20] Il y a quelques indices psychologiques d’un effet de retour de flamme dans des conditions de laboratoire, mais ces expériences sont non reproductibles et devraient être prises avec beaucoup de précautions. « L’effet retour de flamme n’a pas été reproduit dans mon expérience. Le résultat principal vis-à-vis de la reproductibilité suggère la nécessité d’études supplémentaires pour vérifier l’effet de retour de flamme et identifier les conditions dans lesquelles il se produit. » – Kathryn Haglin, The limitations of the backfire effect
[21] « Quatre expériences ont soutenu cette prédiction et ont trouvé que l’exposition à des végétariens authentiques, des végétariens prenant librement la décision d’abandonner la viande, des végétariens à long terme, ou à l’anticipant d’un reproche moral issu de végétariens ont entrainé davantage de stratégies de réduction de dissonance [càd de justification du carnisme] qu’en des situations analogues [sans exposition aux éléments culpabilisants] ». Rothgerber, Efforts to overcome vegetarian-induced dissonance among meat eaters
[22] « Cependant, nous avons trouvé via trois expériences que les tactiques extrêmes de protestation diminuaient le soutien populaire pour une cause donnée parce qu’elles réduisaient le sentiment d’identification avec le mouvement. » – Feinberg et al, Extreme Protest Tactics Reduce Popular Support for Social Movements
[23] « Alors que PETA et Direct Action Everywhere considèrent la couverture médiatique comme une victoire en soi, les recherches publiées dans le European Journal of Social Psychology indiquent que la couverture médiatique des activistes qui correspondent au stéréotype de leur cause est inefficace. » – Alex Felsinger, Direct Action Leading Where?
[24] « Les rares protestations théâtrales du proto-mouvement Quaker, comme celles de Benjamin Lay, semblent avoir échoué et ont abouti à l’ostracisation, suggérant que les militants ne devraient pas utiliser la dramatisation quand il n’y a qu’un soutien public limité. L’abolition a apparemment réussi sans manifestations publiques, et les manifestations de rue ne se sont déroulées que bien après, au plus fort du soutien à l’émancipation, suggérant que les militants n’ont pas besoin ou ne devraient pas même utiliser des protestations théâtrales avant que le soutien public ne soit répandu et que le succès semble imminent. » – Kelly Witwicki, Social Movement Lessons From the British Antislavery Movement
[25] Nous n’avons pas de note spécifique pour ceci, mais l’argument nous a été mentionnée par un relecteur de cette page.
[26] «Certains organismes sans but lucratif qui organisent des manifestations demandent à tous les manifestants de porter des vêtements d’affaire décontractés. Bien que des politiques comme celle-ci puissent attirer l’exaspération de certains participants, elles sont généralement une bonne idée et feront que le public et la cible des manifestants considèrent le message plus sérieusement.» – Nick Cooney, Change of Heart
[27] « Dans l’ensemble, les indices examinés dans cet essai suggèrent que la confrontation a la capacité de provoquer l’étincelle de l’indignation morale, de faciliter le débat, et de sensibiliser à un problème social. Cette capacité, qui semble cruciale pour un changement social efficace, peut très bien s’appliquer à certaines approches non-confrontationnelles, mais pas aussi bien à d’autres. Cela suggère que le mouvement de défense des animaux devrait envisager de moins se concentrer sur les approches non-confrontationnelles. Ces dernières semblent le plus souvent dépourvues de cet avantage, comme par exemple tenter de changer directement le comportement des consommateurs avec l’approche « Go Vegan! ». Le mouvement devrait donc mettre davantage l’accent sur les actions qui sont plus susceptibles de créer des changements non linéaires par l’indignation morale et l’imposition du sujet des droits des animaux dans le discours public. » – Jacy Reese, Confrontation, Consumer Action, and Triggering Events
[28] « Malheureusement, la recherche indique tout le contraire. Les participants sont activement dissuadés de participer à une action radicale en raison de leurs craintes d’ostracisme social: «Les rapports des participants indiquaient qu’ils envisageaient si leurs actions ou leur appartenance à un groupe auraient un impact sur leur militance et leur efficacité, expliquant qu’ils évitaient certaines actions afin de conserver leur potentiel d’action et d’audience, et / ou pour éviter d’endommager leurs liens sociaux avec leurs proches.» D’autres ont tiré des conclusions similaires via leurs recherches. » – Alex Felsinger, Direct Action Leading Where?
[29] « La stratégie de Direct Action Everywhere s’apparente mobiliser aujourd’hui, constater que nous ne sommes pas assez pour réussir, puis mobiliser de nouveau le lendemain. L’action directe est un outil puissant qui devrait être utilisé au moment opportun. Moins le soutien public est important, moins la mobilisation pour l’action directe sera forte, surtout si elle joue dans des stéréotypes activistes et si elle rejette son public. » – Alex Felsinger, Direct Action Leading Where?
[30] « La morale de l’histoire? N’ayez pas peur des attaques personnelles. N’ayez pas peur de déclencher une réaction défensive. N’ayez pas peur du débat et de la polarisation. Parce que les leçons de l’histoire et de la psychologie nous apprennent que le chemin de la libération est un chemin construit sur les briques de la controverse. » – Direct Action Everywhere, On Controversy and Campaigns
[31] « Un autre (par Winnifred Louis, un des experts de la psychologie de l’action collective) traite des différents aspects de la planification de l’action collective. Il stipule que les mouvements doivent éviter les étiquettes négatives et que toutes choses égales par ailleurs, les actions les plus plaisantes pour le public sont les meilleures. Cependant, il indique également que «si la question est marginale dans le débat public, alors les tactiques conventionnelles non perturbatrices peuvent ne pas attirer l’attention dont la cause a besoin pour construire une conscience de base à partir de laquelle d’autres actions et méthodes peuvent faire effet boule de neige ». – Zach Groff, A (Potential) Summary of Disagreements and Agreements on Direct Action
Traduction depuis https://www.sentienceinstitute.org/foundational-questions-summaries

Sommaire du corpus

Introduction
Vaut-il mieux parler de protection des animaux, d’écologie ou de santé humaine ?
S’intéresser à d’autres luttes ou se concentrer sur la question animale ?
Confrontation ou non-confrontation ?
Faut-il faire varier les éléments de communication ?
Communication polémique Vs. Autres tactiques
Faut-il s’adresser aux individus ou aux institutions ?
Faut-il cibler les influenceurs ou la population en général ?
Doit-on s’affirmer de gauche ou être non partisan ?
Les réformes welfaristes donnent-elles une dynamique ou enlisent-elle le mouvement ?
Approche réductionniste ou véganiste ?
Doit-on viser un changement social ou technologique ?
3 questions « méta » et une liste de questions complémentaires :
[meta] Focus sur les animaux d’élevage OU les animaux sauvages OU l’antispécisme en général 
[meta] Focus sur le long terme ou le court terme 
[meta] Mouvements sociaux OU essais randomisés contrôlés  OU intuition/spéculation/anecdotes OU constats externes
Questions moins explorées
Publicités

15 commentaires sur “Confrontation ou non-confrontation ? – Les questions fondamentales pour la défense efficace des animaux

  1. Est-ce qu’il ne serait pas nécessaire (hypothèse) dans nos réflexions stratégiques de différencier ce qui relève de la confrontation individuel, et ce qui relève de l’établissement d’un rapport de force envers des structures de pouvoir par exemple ? Et d’y intégrer la possibilité de choisir envers qui il nous semble qu’il sera nécessaire de ne pas entrer trop en confrontation (de potentiels alliés futurs par exemple), et avec qui ou face à quelles institutions nous n’aurons rien à attendre. Par exemple, il y a des militants syndicaux extrêmement combatifs, qui défendent à fond l’idée d’un syndicat de lutte qui devrait refuser la logique du dialogue social, et qui pour autant, dans leur manière d’interagir avec les autres travailleurs voire même avec des personnes qui sont en désaccord net avec eux, seront tout à fait patients et pédagogues. Il me semble, en tout cas, que tout mouvement de lutte contre une oppression doit comporter une composante confrontationnelle, lorsqu’il s’agit d’agir face aux groupes mêmes qui sont les acteurs de l’oppression (de façon consciente ou pas). Voilà pourquoi les féministes ou les militants anti racistes n’ont pas tergiversé longtemps, on veut bien éventuellement éviter la confrontation trop frontale avec les autres femmes, ou même parfois avec des hommes réceptifs au message, mais lorsqu’il n’y a pas le choix et lorsque nous sommes face à des défenseurs de l’ordre établi, c’est un rapport de force qu’il faut instaurer, toujours. On peut le faire poliment ou juste les ignorer à titre personnel, dans la relation humaine, mais collectivement, c’est toujours une confrontation qui se construit… Bref du coup pour moi la question est davantage de savoir à qui et à quoi on se confrontera et à quelle échelle, et dans quels contextes au contraire on misera sur d’autres stratégies que la confrontation directe. Merci de soulever ces discussions en tout cas, c’est toujours aussi intéressant !

    J'aime

    1. Ma réflexion sur ces questions est loin d’être arrêtée. On donne dans cet article des paramètres à prendre en compte, mais effectivement, la question du contexte est centrale : avec qui pourrait on être en confrontation ? à quel point notre lutte est elle minoritaire ? quel soutien a t elle chez nos alliées ? quel opposition chez nos adversaires ? quelle est la position des gens sans opinion tranchée, leur nombre et inertie ? qui a quels pouvoirs vis-à-vis de cette lutte ? quelle est la tendance de fond de la société, recul ou avancée ? etc..

      Pour l’instant, je pense que l’utilité de la confrontation est largement surestimée dans (quasiment) toutes les luttes. Que la majorité raciste, sexiste, carniste l’est pas contagion sociale et qu’avec la confrontation nous les renforçons dans leurs positions, qui étaient précédemment impensées. Une pierre lancée dans une vitrine peut avoir un impact gigantesque si elle renforce un a priori négatif d’une élue, qui s’opposera ensuite à toute avancée, même minime ou soutenue par la majorité de la population.
      Au stade de ma réflexion, je pense que cette surévaluation de l’utilité de la confrontation vient du fait que les militantes se construisent par rejet de la norme. Ça et puis la volonté de gagner en estime de soi, qui passe souvent par des valeurs virilistes ou l’apparition sociale (on parlera de la pierre mais pas du long travail de conviction auprès des élues ou par la découverte de la nourriture végétale).
      Au sujet du colèrisme : https://www.vegetarisme.fr/veganisme-et-colere/

      Aimé par 1 personne

      1. Oui je suis d’accord avec les questions que tu soulèves, on voit beaucoup la confrontation comme une altercation directe qui exprime de la colere, mais un rapport de force ne se fait pas forcément dans cette logique la, c’est le nombre qui fait la force, la présence militante etc

        J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s