S’intéresser à d’autres luttes ou se concentrer sur la question animale ? – Les questions fondamentales pour la défense efficace des animaux

Explication : Les militants pour les animaux devraient-ils promouvoir activement d’autres causes ou se concentrer exclusivement sur la défense des animaux ? Par exemple, quelle quantité de plaidoyer ne concernant pas les animaux devrait être partagé par une organisation de défense des animaux ou un militant sur ses réseaux sociaux ? Ils pourraient n’en partager aucun et s’en tenir uniquement aux messages relatifs aux animaux ; ne partager que des informations très pertinentes ou très significatives dans d’autres domaines de changement social où il y a un large consensus, par ex. sur la lutte contre le racisme; ou partager une grande quantité de contenu non spécifique aux animaux, même en cas de possible controverse.

Pour clarifier, nous discutons d’engagement actif dans d’autres questions, avec des ressources qui pourraient autrement être consacrées à la défense des animaux (par exemple créer et partager du contenu sur le sexisme dans le monde des affaires, assister à des rassemblements pro-immigration). Nous ne discuterons pas d’un support passif (positions politiques sur des sujets autres que la défense des animaux lorsqu’on interroge à leur sujet, ou en soutenant l’inclusion et la diversité dans la défense des animaux).

Arguments pour un large focus

  1. Cela peut avoir des retombées positives pour ces autres mouvements, par ex. partager les leçons de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas, en prêtant notre capital humain. [6]
  2. Il peut avoir des retombées positives d’autres mouvements pour la défense des animaux, par ex. en crédibilité accordée à la défense des animaux (celle-ci étant souvent considérée comme un mouvement social moins sérieux et moins implanté), en ressources, ou augmenter le nombre de porte-paroles pour les campagnes à forte visibilité. Le mouvement anti-avortement a été soutenu par des groupes religieux qui avaient des programmes socialement conservateurs plus larges et une plus grande acceptation politique [7].
    1. Cela peut inclure des personnes impliquées ou bénéficiant de ces autres mouvements, en les rendant plus intéressés et plus à l’aise avec les militants pour les animaux.
  3. Certaines grandes questions sociétales ciblées par d’autres mouvements semblent susceptibles d’augmenter indirectement les chances de succès du mouvement animaliste [8].

Arguments pour un focus sur les animaux

  1. Dans la mesure où nous pensons que la militances pour les animaux est la façon la plus importante d’utiliser notre temps, nous manquons d’impact lorsque nous prenons le temps de plaider dans d’autres domaines.
  2. Dans le mouvement anti-esclavage britannique, les défenseurs se concentraient étroitement sur leurs objectifs communs, ignorant les différences majeures dans leurs points de vue sur d’autres questions [9].
  3. Une approche large peut avoir des effets pervers sur ces autres mouvements, par ex. réduire leur crédibilité si l’on pense que les militants pour les animaux sont moins respectés par le courant dominant [10].
  4. Une approche large peut avoir des effets négatifs pour notre cause, due aux autres mouvements. Par exemple l’association à des mouvements violents pourrait rendre le public moins favorable à la défense des animaux.
    1. Cela peut inclure le fait que des personnes qui s’opposent aux mouvements alliés se retrouvent moins intéressés et à l’aise parmi les militants pour les animaux. Un trop large focus pourrait décourager les potentiels militants, s’ils sont en désaccord avec les militants pour les animaux sur leurs autres positions.
  5. Si les militants pour les animaux consacrent davantage de temps aux questions humaines, cela pourrait renforcer l’idée selon laquelle les militants devraient accorder la priorité aux questions humaines plutôt qu’aux questions touchant les animaux.

Arguments non-tranchés

  1. Si les mouvements avec lesquels les militants pour les animaux s’associent sont partisans, cela pourrait faire de la protection des animaux une question plus partisane.
  2. La proximité d’autres mouvements pourrait rendre la critique plus probable, par ex. les activistes antiracistes pourraient attaquer la défense des animaux pour avoir une proportion trop élevée de militants blancs. Cela pourrait avoir des avantages tels que l’amélioration de la défense des animaux, mais aussi des préjudices tels que le fait que le public qui entend ces critiques ait une moins bonne opinion de la défense des animaux.
  3. Les défenseurs d’autres causes sociales pourraient être plus ou moins réceptifs aux messages de protection des animaux. Ils pourraient être plus réceptifs parce qu’ils sont habitués et ont montré un intérêt pour les causes sociales en général. Ils pourraient être moins réceptifs, car ils considèrent leur cause comme étant la plus importante et pensent que toute focalisation sur d’autres causes y porte atteinte.
[6] Dans ce contexte, nous considérons comme des «avantages» les résultats au-delà du mouvement de défense des animaux, comme la réduction du sexisme. Notez que cela pourrait être un mal si on n’est pas d’accord avec les objectifs du mouvement avec lequel on travaille.
[7]  « La communauté évangélique a été fortement impliquée dans le mouvement anti-avortement… le premier mouvement anti-avortement était fortement dominé par les catholiques et l’Église catholique a assuré une stabilité organisationnelle même lorsque le soutien d’autres groupes fluctuait… Certaines organisations et individus associés à la droite chrétienne ont été accueillis par le parti républicain. » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (Leçons tirées du mouvement anti-avortement américain)
[8] Nous avons construit un modèle pour tenter d’expliquer les variations de politique entre 48 pays. Comme variable dépendante, nous utilisons l’indice de protection animale d’après la rigueur de la législation suivant les pays. Comme variables indépendantes, nous utilisons le PIB par habitant, le score de démocratie d’après les données Polity, l’indice d’activisme civique et le nombre d’organisations de protection animale. Les résultats suggèrent que les pays ayant des institutions démocratiques plus fortes et davantage de groupes militants axés sur la protection des animaux sont susceptibles d’avoir des politiques de protection animale plus strictes. Pour le développement économique et la force de la société civile au sens large, nous ne trouvons pas d’effets significatifs. » – Alexander Holst et Pim Martens, Determinants of Animal Protection Policy : A Cross-Country Empirical Study
[9] Wilberforce était très conservateur dans la plupart des questions, alors que Clarkson a soutenu le jacobinisme français – une affinité qu’il a minimisée – et a cru que les femmes devraient pouvoir prendre un rôle dans les affaires publiques; Les Quakers et les Anglicans étaient fortement divisés socialement, et Sharp était hostile envers les confessions des alliés Quakers et Catholiques, mais la coalition des partisans anti-esclavagistes Quakers et Anglicans sur la question de l’esclavage était importante; Les opinions des dirigeants anti-esclavagistes, même sur le rôle de la race dans l’ordre social, variaient considérablement. Ces acteurs essentiels auraient été perdus pour le mouvement s’ils insistaient pour travailler uniquement vers leur objectif commun avec des personnes qui partageaient leurs autres priorités et points de vue. Leçons du mouvement social du mouvement anti-esclavage britannique
[10] Dans ce contexte, nous considérons «nuisibles» des résultats négatifs qui vont au-delà du mouvement de défense des animaux, tels que les effets sur le sexisme. Notez que nuire à un autre mouvement pourrait être un avantage si on n’est pas d’accord avec les objectifs du mouvement avec lequel on travaille.
Traduction depuis https://www.sentienceinstitute.org/foundational-questions-summaries

Sommaire du corpus

Introduction
Vaut-il mieux parler de protection des animaux, d’écologie ou de santé humaine ?
S’intéresser à d’autres luttes ou se concentrer sur la question animale ?
Confrontation ou non-confrontation ?
Faut-il faire varier les éléments de communication ?
Communication polémique Vs. Autres tactiques
Faut-il s’adresser aux individus ou aux institutions ?
Faut-il cibler les influenceurs ou la population en général ?
Doit-on s’affirmer de gauche ou être non partisan ?
Les réformes welfaristes donnent-elles une dynamique ou enlisent-elle le mouvement ?
Approche réductionniste ou véganiste ?
Doit-on viser un changement social ou technologique ?
3 questions « méta » et une liste de questions complémentaires :
[meta] Focus sur les animaux d’élevage OU les animaux sauvages OU l’antispécisme en général 
[meta] Focus sur le long terme ou le court terme 
[meta] Mouvements sociaux OU essais randomisés contrôlés  OU intuition/spéculation/anecdotes OU constats externes
Questions moins explorées

13 commentaires sur “S’intéresser à d’autres luttes ou se concentrer sur la question animale ? – Les questions fondamentales pour la défense efficace des animaux

  1. Je pense que la réponse à ces questions dépend du lien qu’on fait ou pas entre l’exploitation animale actuelle et le système capitaliste. Je crois que personne ne considère que le capitalisme est la seule explication du specisme (bien plus compliqué que ça), mais nous sommes un certain nombre à considérer que le specisme se perpétue d’autant plus facilement dans un système capitaliste fondé sur le profit de la minorité dominante… À partir de là, y’a une cohérence à militer dans des organisations anticapitalistes en tant que végane/antispeciste , surtout si ça permet en plus de ça de diffuser cette cause au sein des mouvements politiques en question

    Aimé par 1 personne

    1. Mais vaut-il mieux utiliser 100 heures ou 1000 € contre le capitalisme ou contre l’exploitation animale ? Le temps-militant est une ressource rare.

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      1. Oui c’est bien la question ! Moi j’ai tranché en faveur du temps consacré à des activités politiques pour les raisons suivantes : je peux plus facilement continuer à parler d’antispecisme à côté même sans militer activement, ça me permet de défendre l’idée d’un antispécisme politique au sein des militants anticapitalistes que je côtoie, et surtout je suis convaincue que plus les gens auront les moyens matériels et mentaux de mener leur vie, de faire leurs choix avec un budget suffisant etc, plus il sera facile de défendre nos perspectives pour le plus grand nombre (parce que là ne nous mentons pas, dans les milieux ouvriers les priorités sont ailleurs en général)… Mais pour autant, je pense que les activistes antispecistes font un boulot important aussi. J’ai juste peur qu’il soit rapidement plafonné : le nombre de véganes augmente certes mais pour l’instant les structures d’exploitation sont peu menacées

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