Comment le véganisme nuit aux animaux – Pourquoi se concentrer sur l’élevage aviaire

Cet article est une adaptation du texte How Vegans Hurt Animals, par Matt Ball.

Comme moi et tant d’autres l’ont déjà noté, l’exemple que nous donnons, notre porte-parolat et les dons que nous faisons aux associations sont bien plus important que nos simples choix de consommation. Pourtant, peu d’entre nous se soucient autant de l’impact de l’image que nous donnons que de la pureté de nos listes d’ingrédients.

La première de nos erreurs a été d’empoisonner l’image du véganisme.

Bien sûr, sachant ce qu’il se passe pour les animaux chaque jour, nous avons des raisons d’être en colère. La rage, la fureur, et même la haine… ces émotions sont bien compréhensibles.

« Pourquoi je hais les véganes ». Cette image étant devenue un mème.

Mais ce n’est pas en tournant cette colère contre les gens que chacun pourra ouvrir son cœur et son esprit à l’idée d’accepter sa part de culpabilité et d’envisager un changement.

C’est une évidence absolue pour quiconque a étudié la psychologie ou sondé les végétariens à ce sujet. (« Combien d’entre vous ont arrêté de manger de la viande parce que quelqu’un a crié « Deviens végane, espèce de meurtrier !‘ ? ») Et pourtant, en trois décennies de militance, il y a toujours eu une partie du mouvement végane pour construire une théorie vaste et élaborée pour appuyer leur activisme basé sur la haine et les cris (et attaquer quiconque n’est pas suffisamment pur et dogmatique).

En conséquence, il n’est pas surprenant d’apprendre que d’après les recherches de l’université Eller School en Arizona, le grand public considère que les véganes sont agaçants (et c’est dit gentiment). Cette étude d’opinion datant de 2017 (vulgarisée dans le Guardian) a montré que les végans étaient vus plus négativement que les athées, les immigrés, les homosexuels et les asexuels. Le seul groupe qui provoquait davantage de rejet était celui des toxicomanes. Labelliser un produit comme “végane” est un bon moyen de faire chuter ses ventes de 70 %. (Autres sources à ce sujet : Quand “végane” est un gros mot (eng), Les mangeurs de viande renoncent à devenir végétariens à cause de véganes agressifs, d’après un sondage britannique (fr), On a demandé à des employés de restos véganes ce qu’ils pensent des véganes (fr), Aucun mot ne repousse mieux les clients que “végane” (eng).)

Pour être honnête, il est clair que l’étiquette “végane” est abimée au delà du réparable. Et pourtant, beaucoup d’entre nous insistent à pousser à la consommation végane (et même seulement pousser à la consommation végane) en sachant pleinement que la vaste majorité de la population rejettera leur plaidoyer sans y prêter la moindre attention.

L’élevage de volaille

« A la fois en ampleur et en gravité,
de loin l’exemple le plus sévère de
l’inhumanité humaine envers
un autre animal sentient. »

Professeur John Webster

Bien que la plupart des gens s’opposent à l’élevage industriel, et voudraient commencer par arrêter de financer sa production, de nombreux véganes refusent de saisir cette opportunité de porter une proposition constructive, entendable et dont le but nous est accessible.

Si l’américain moyen arrêtait de manger du poulet, le nombre d’animaux d’élevage qu’il mange chaque année passerait de 24,4 à 1,9.
S’il était même assez audacieux pour arrêter aussi la dinde, il descendrait jusqu’à 0,9 animal.
De plus de deux douzaines à à peine UN animal par an !

– Joe Espinosa

Par exemple, lorsqu’on plaide spécifiquement en faveur de certains animaux (disons les oiseaux subissant l’horreur des élevages industriels, avec un nombre de victimes dépassant largement celui de toute autre espèce terrestre), beaucoup d’entre nous ne peuvent pas s’empêcher de finir avec un “devenez végane”, annihilant toute chance de créer une véritable connexion avec l’interlocuteur de le faire évoluer.

En plus de ça, même sans utiliser le mot “végane” explicitement, nous utilisons des arguments qui, lorsqu’ils sont exprimés dans le contexte actuel, entrainent encore plus de souffrances animales. Quand nous utilisons des arguments santé contre la viande rouge, les gens comprennent que le poisson ou le poulet est plus sain que le bœuf ou la charcuterie. Quand nous abordons les problèmes climatiques, les gens remarquent que l’élevage bovin est bien pire que l’élevage aviaire ou piscicole. Même l’argumentaire basé sur la compassion a ses pièges, vu que les gens s’identifient généralement mieux aux mammifères.

https://jancovici.com/changement-climatique/les-ges-et-nous/combien-de-gaz-a-effet-de-serre-dans-notre-assiette/

Bien que ces arguments semblent efficaces au sein de notre communauté, lorsqu’on prend du recul, ils mènent vers davantage de souffrances. La tendance à remplacer la viande rouge par le poulet, encouragée par notre argumentaire, a entraîné une immense augmentation du nombre d’animaux exploités industriellement chaque année.

Cependant, promouvoir une étiquette empoisonnée et utiliser des arguments contre-productifs n’est même pas la moitié du problème.

Plusieurs sondages ont montré que la vaste majorité des végétariens revenaient en fin de compte à la zoophagie. Aux États-Unis, 84% des végéta*iens abandonnent leur régime alimentaire.

C’est déjà assez triste de constater que nous gaspillons plus de 80 % de nos efforts de plaidoyer. Mais il y a encore pire. Les personnes qui arrêtent le végéta*isme ont tendance ensuite à devenir des obstacles au plaidoyer en faveur des animaux, en tant qu’exemples publics (et parfois bruyants) s’opposant à des changements en faveur des animaux.

Et pourquoi l’immense majorité des gens qui ont tenté le végétarisme revienne à la consommation d’animaux ?

Un problème, pour 29 % d’entre eux, a été de ressentir des problèmes de santé suite au changement de comportement alimentaire. C’est un problème en partie dû au fait qu’il arrive que la viande ou les produits laitiers soient dénoncés comme étant des poisons pour l’organisme, et que l’alimentation végétale soit présentée trop favorablement sous ce jour. Nous n’arrivons pas à donner les bonnes connaissances de nutrition aux nouvelles végéta*iennes, et nous n’arrivons pas non plus à donner à ces personnes un guide alimentaire leur permettant de trouver des aliments familiers, faciles à préparer ou acheter, et savoureux. Et pour cause ! 84% des ex végéta*iennes n’ont pas été en contact avec un groupe local ou une communauté en ligne, et 62% n’ont pas apprécié sortir du lot (et donc probablement manqué de soutien).

Il n’est alors pas surprenant que tant de personnes reviennent à la consommation de viande. Et nous nous débrouillons alors pour que ce soit encore pire.

43% des ex-végéta*iens disent avoir éprouvé des difficultés à maintenir ce régime alimentaire « pur »… les militant·e·s devraient peut-être développer des stratégies appropriées en réponse.

Faunalytics

Nous faisons la police dans notre petit club, faisant la leçon à toute personne n’étant pas assez végane, ou n’étant pas végétalienne pour la bonne raison. Nous mettons la pression à celles et ceux qui ont initié une transition, mais ne sont pas encore complètement véganes (“Tu bois du lait ? Tu approuves le meurtre des veaux ?”).

On se demande si ces gens tiennent à autre chose qu’au mérite à obtenir le badge de leur petit club. Et ils peuvent être satisfaits, vu qu’effectivement le pourcentage de personnes végétariennes ou véganes n’a pas vraiment évolué depuis des dizaines d’années, avec des fluctuations comprises dans la marge d’erreur.

Évolution du pourcentage de végétariens aux USA de 2000 à 2015.

Mais si nous nous soucions un tant soit peu de la souffrance des animaux d’élevages, nous devons bien admettre que le plaidoyer pour la véganisation a été un échec complet.

Source France Agrimer, via Libération

Les faits sont clairs et sont brutaux. Cette année en France, plus d’animaux que jamais vont subir une vie de d’atroces souffrances au sein des élevages industriels. Cette année, la consommation moyenne de viande industrielle battra encore son record.

Et pour les raisons mentionnées ci-dessus, nous véganes sommes coupables. Nous (et je m’inclus là dedans) avons empoisonné notre message de compassion, en insistant sur une demande dont nous savions pourtant qu’elle serait rejetée, et avons sapé le soutien et éloigné des centaines de milliers de gens qui ont essayé de nous rejoindre. Comme mentionné par Paul Shapiro il y a plus de 15 ans : Les plus grands obstacles à la diffusion du véganisme sont les véganes.

Heureusement, il est toujours possible d’opter pour une autre démarche. J’espère que vous considèrerez sérieusement ce que Matt Ball propose à travers l’association One Step for Animals, au-delà du rejet instinctif que sa proposition pourrait provoquer chez les plus “véganes” d’entre vous :

[Ndt. : Ce qui suit est une traduction partielle de Why One Step?, l’autre démarche proposée par l’auteur]

Compte tenu de ce qui précède (et de toutes les autres informations contenues dans les liens), la mission de One Step for Animals comporte deux volets :

  1. Évitez les actions de plaidoyer qui ont la possibilité d’amener des personnes à remplacer la viande rouge par la viande de poulets.
  2. Promouvoir un message simple, incrémentiel, accessible, durable et ayant un impact maximal sur la quantité de souffrance dans le monde.

Ce message est le suivant : arrêtez de manger des poulets. Si nous pouvons convaincre quelqu’un d’arrêter de manger des oiseaux, il passerait du financement de l’élevage industriel et de l’abattage de plus de deux douzaines d’animaux terrestres par an à moins d’un seul pour sa consommation de viande.

N’est-ce pas impressionnant ?

Au-delà des chiffres, cependant, nous sommes aussi motivés par l’utilisation d’un plaidoyer psychologique judicieux. Nous savons qu’une  » grosse demande  » est beaucoup moins susceptible d’entraîner un quelconque changement (et les gens qui deviennent végés d’un jour à l’autre sont plus susceptibles de retomber dans la zoophagie). Par rapport à l’ovo-lactovégétarisme ou au végétalisme, abandonner (ou réduire) la consommation de poulets peut sembler beaucoup plus réalisable. Tout changement doit commencer par une première étape. Faisons en sorte qu’elle soit significative.

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