Le rôle des refuges pour le mouvement abolitionniste

Les refuges (ou sanctuaires) d’animaux destinés autrement à l’abattoir accueillent des animaux tels que des chevaux, des vaches, des moutons, des chèvres, des cochons, des poules ou encore des lapins. Si tous ces refuges ont en commun d’éviter la mort à leurs hôtes, leurs méthodes d’obtention des animaux et leurs impacts diffèrent.

Si vous lisez cet article, c’est probablement que vous agissez déjà pour les animaux d’élevage et les poissons. C’est un excellent choix pour aider le maximum d’individus qui se trouvent dans la pire situation, et faire le plus de bien possible avec les moyens à votre disposition. C’est là que seront probablement le plus utiles vos ressources. A titre d’exemple, sans même aborder les causes humaines, la SPA utilise un budget annuel de 55 millions d’euros alors que son champ d’action concerne environ 63 millions d’animaux. Compte tenu de son budget, l’association L214, pourtant probablement la mieux dotée des associations françaises abolitionnistes, a un budget annuel 13 fois inférieur pour aider 270 fois plus d’animaux pris dans les filets ou abattus chaque année en France. Autant dire que l’argent est une denrée rare et précieuse pour le mouvement oeuvrant pour la fin de l’exploitation animale. Du coup, est-ce qu’aider à financer un refuge est un bon moyen d’optimiser l’impact de votre argent ?

A quoi servent les refuges ?

La première réponse évidente est qu’ils sauvent des animaux. A l’exception des animaux nés sur place, tous ceux accueillis dans les refuges ont échappé à l’abattoir. En ça, les refuges sauvent réellement des vies d’animaux d’élevage, là où la végétalisation de l’alimentation tend plutôt à éviter les naissances (en plus de réduire les morts dues à la pêche et les morts dans les champs).

Lorsqu’ils accueillent du public ou communiquent sur les réseaux sociaux, ces refuges enseignent aux humains que les animaux “de rente” ne sont pas de simples produits mais des individus dotés de leur propre personnalité et favorisent la compassion. Petits laboratoires d’une zoopolis utopique, ils démontrent aussi qu’on peut trouver un autre intérêt à vivre avec des animaux que celui de les exploiter. Le travail des militants auprès des animaux peut en outre les amener à un peu mieux comprendre les éleveurs et leur attachement à leurs métiers.

Enfin, certains refuges, souvent confidentiels, accueillent des animaux sauvés d’élevages et d’abattoirs lors de missions d’infiltration par des collectifs tels que 269LA. L’accueil de ces animaux représente ici la condition nécessaire à l’action de sauvetage d’animaux qui ne pourraient pas survivre par eux même en milieu sauvage. Au delà de sauver la vie d’une victime de l’exploitation animale, ces actions ont pour objectif de susciter la désobéissance à l’ordre social afin d’aider les animaux.

Les contreparties

Je ne développe pas ici les multiples demandes de dons qu’on peut trouver sur les réseaux sociaux et qui ne profiteront jamais aux animaux. Sachez juste que ça existe (30 millions d’amis en parle ici).

Certains refuges achètent directement les animaux à des éleveurs. Ces refuges financent donc marginalement l’exploitation d’animaux. L’association « Poule pour tous » permet par exemple à chacune de créer son petit refuge personnel en proposant aux particuliers des poules achetées aux éleveurs deux fois plus cher que s’ils les vendaient à l’abattoir. Cet impact est à relativiser vu que la vente au détail de quelques poules représente pour l’éleveur un travail qui justifie largement la différence de prix, que la vente aléatoire de quelques poules ne risque pas de changer ses objectifs de production, et que le bénéfice de l’exploitation d’une poule pondeuse vient à plus de 95 % de la vente des œufs.

Sauver un animal de l’abattoir en l’hébergeant dans un refuge coûte cher en temps mais aussi en argent. Plus l’individu est imposant, plus il aura besoin d’espace et d’aliments pour s’épanouir. Un gros mangeur tel qu’une vache ou un cheval aura environ besoin d’un ou deux hectares, donc d’un investissement d’au moins 6 000 € sans compter l’abris. Une poule pourra quant à elle se contenter de quelques dizaines de mètres carrés. Même si les herbivores peuvent se contenter d’herbe la majeure partie de l’année, il faudra leur fournir du foin en hiver. En moyenne, une vache coûte environ 1 € par jour à nourrir et abreuver, soit 7 300 € sur 20 ans, sans compter les frais vétérinaires. Là encore, la taille compte : une poule ne coûtera que 150 € à nourrir pendant ses 6 années d’existence. Dit autrement, le budget utilisé pour sauver une vache pourrait être utilisé pour sauver une cinquantaine de poules.

Côté alimentation, les refuges d’animaux “de rente” ont au moins un gros avantage sur les refuges pour animaux “de compagnie” : aucun ne financera le meurtre d’autres animaux d’élevage pour nourrir ses hôtes (même si des animaux meurent pendant les récoltes de foin ou de céréales).

En conclusion

Tous les refuges ne se valent pas. Un refuge très bien médiatisé, montrant la personnalité des animaux, comme celui d’Esther the Wonderpig, peut avoir un impact culturel démesuré comparé aux ressources requises. Bonne nouvelle : ces refuges très efficaces n’ont certainement pas besoin que vous, militante abolitionniste, vous mêliez au grand nombre des donatrices séduites par ces refuges.

En revanche, au sein du mouvement animaliste, soutenir la multiplication de refuges peut très vite s’avérer être un gouffre en temps et en argent. Si sauver un petit animal d’élevage représente pour vous un moyen de vous rappeler au quotidien l’importance du mouvement animaliste et vous motive à agir, vous savez certainement mieux que quiconque ce qu’il vous faut. En revanche, si vous avez réussi à mettre de côté 1000 € et que vous vous demandez comment les investir au mieux pour aider les animaux sur le long terme, les refuges ne sont à mon avis pas la meilleure option qui s’offre à vous.

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