Le véganisme ou l’impasse idéologique ? (vous avez le choix)

(article en réponse à un article du blog « La Sociale« )

Depuis quelques années l’animalisme se diffuse de plus en plus dans les médias, grignotant peu à peu du terrain sur la communication promouvant l’exploitation animale comme un acte moralement neutre.

Les personnes ayant étudié le sujet depuis plusieurs années sont cependant souvent confrontées aux mêmes arguments fallacieux issus des mêmes personnes, du médecin nutritionniste vendu dont la parole va à l’encontre des consensus scientifique à l’éleveuse prétendant que les animaux consentent librement à leur servitude. Tout cela devant des chroniqueurs complaisants un public ne relevant jamais leurs sophismes et d’un public constitué de 99% de personnes participant à l’exploitation animale.

Oublions les millions d’euros de lobbyisme, de promotion télé, radio, affichage, les milliards de subvention, les interventions à l’école du lobby de la viande, la pression sociale à manger “comme tout le monde”… La Sociale, ce média “émancipateur”, va se faire l’avocat de la réaction car, d’après lui, “la majorité des intervenants prennent la parole pour condamner l’élevage”.

“La Sociale”, d’habitude progressiste, nous permet donc de (re)faire le tour des arguments en faveur de la poursuite de l’exploitation, la privation de liberté et la mise à mort de milliards d’individus par an.

L’article annonce tout de suite la couleur : les militants animalistes qui se sont battus pendant des décennies pour visibiliser l’exploitation sont au service du Grand Capital et ennemis du bon sens de l’age de pierre et de la bonté de Mère Nature. Il se bat “pour que ce qui semble aujourd’hui devenu aux yeux de certains un crime puisse redevenir naturel comme il l’a toujours été.”

Le ton est donné, nous allons donc naviguer entre les appels à la nature, prétendant que ce qui est naturel est moralement bon, et les appels à la tradition, prétendant que ce qui est ancien est moralement bon.
Ces deux valeurs étant antinomiques avec le progrès social d’habitude défendu par le blog, on peut se préparer à une bonne dose de mauvaise foi du privilégié capable de renier ses propres valeurs lorsqu’il s’agit de défendre bec et ongle sa position.

Prétendre défendre les travailleurs pour refuser de défendre les animaux

Commençons mine de rien par inverser les relations de pouvoir, en prétendant qu’un animal (le chat) est en fait l’individu qui domestique ses maitr… ses humains.

Pourquoi parler du chat ? Parce qu’auparavant on préférait utiliser les chats plutôt que les manger et que maintenant on reconnaît en lui un individu conscient cible valable de notre compassion.
Mais l’auteur va inventer une raison religieuse à ça (on pourra attendre la citation du verset). Par cet enchainement absurde nous poursuivons donc ensuite avec un déshonneur par association : le boycott politique n’est en fait qu’un cousin de l’interdit religieux. L’auteur aurait aussi pu prétendre que les manifestations pour la fermeture des abattoirs n’étaient que des avatars des défilés religieux de Pâques, mais mieux vaut ne pas trop montrer les ficelles. Après tout les anticapitalistes aussi pourraient boycotter et manifester, alors autant éviter de se mettre à dos son lectorat.

Et puis d’ailleurs, qu’est-ce qu’ils font les animalistes pour les travailleurs hein ? Pour ceux qui “trient nos déchets sur les tas d’ordures des « pays émergents »” ? Parce que si on ne fait pas tout parfaitement, autant ne rien faire. Alors tant que nous n’avons pas réglé le problème du libéralisme, opposons nous à tout progrès social lié à l’organisation capitaliste ! La mise à mort des animaux est contestée “pour sa brutalité et son manque de respect”, mais une fois que le Grand Soir sera arrivé, on pourra enfin tuer un individu avec affabilité, sans lui manquer de respect.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser si on veut s’inventer des adversaires politiques ou qu’on est trop suffisant pour se renseigner avant de donner son avis, les animalistes ont aussi écrit sur le sort des travailleurs de l’industrie animale, des abattoirs ou les luttes des travailleurs. Une bonne partie des théoriciens de l’antispécisme sont d’ailleurs issus d’extrême gauche.

Mais quand on veut expliquer que l’exploitation d’autres individus peut être “bien faite”, on peut s’intéresser aussi à ce qu’il se passe avant leur mise à mort, au travail de l’éleveur. On peut s’intéresser à la “noble tâche”. (On parle du travail hein, pas du travailleur.)

Alors que peut nous dire “la sociale” sur la plus-value qu’apporte la noblesse du bon éleveur par rapport au mauvais éleveur ?

Alors déjà le bon éleveur il va “contribuer à faire grandir un animal”. Alors que le mauvais éleveur, bah…

Non mais le mauvais éleveur, pour des raisons de “rentabilité capitalistique”, il va pas “appréhender la notion d’individu”, alors que le bon éleveur il sait bien que c’est un individu qu’il enferme et mène à l’abattoir. Et ça lui fait une belle jambe à l’individu, ce “lien physique” avec l’exploitant.

Faire un article sur le véganisme sans savoir ce qu’est l’antispécisme

Tout le monde est d’accord qu’il est pire d’ajouter la torture au meurtre. Mais ne pas faire subir à ses animaux des conditions de vie proches de la torture permanente ne signifie pas que l’enfermement et la mise à mort soient justifiés.

Car ce qui justifie qu’on fasse subir ça à certains animaux, ce n’est pas le manque de sensibilité à la douleur, le manque de conscience ni le manque de souffrance psychologique. Non, la différence de traitement entre un cochon et un humain, qu’il du bout du monde, nouveau né, ou d’une génération future et qui ne fera jamais rien pour nous se fonde sur l’espèce. Et c’est bien ça le spécisme: la discrimination basée sur l’espèce, qui fait de l’espèce en soi un critère pour déterminer la manière dont un être peut être traité. Ce n’est pas “considérer que les espèces sont toutes dotées des mêmes droits” ni que “l’espèce humaine n’est qu’une parmi d’autres mais qui ne doit pas se considérer comme au-dessus des autres espèces”. Il est bien triste de lire un aussi long texte sur un sujet à propos duquel l’auteur ne connait pas les bases mais est trop suffisant pour prendre le temps d’ouvrir un dictionnaire.

L’eau

Ce désamour pour le fait de se renseigner avant d’écrire est de nouveau illustré par la suite avec le problème de l’eau consommée par l’élevage. Comme le précise très bien Le Réveilleur, le problème de l’eau est un problème local. L’eau n’est jamais “détruite” mais peut être polluée ou rendue temporairement inexploitable.
Le premier problème de l’élevage sur ce sujet est qu’il occupe beaucoup de place. Et c’est pour ça qu’il consomme jusqu’à 15 000 l d’eau pour 1kg de viande de boeuf. La pluie tombant sur ce qui servira de fourrage ne pourra pas être utilisée pour une autre culture, probablement plus rentable.

Deuxièmement, comme l’explique L214 sources à l’appui, pour comprendre l’impact sur les ressources pompées dans les nappes ou les rivières (qui elles peuvent s’épuiser sous certains climats), il parait plus juste de comparer sans tenir compte de l’eau de pluie et par kg de protéine (preuve que le procès en mauvaise foi est assez ironique). Et là encore l’élevage montre qu’il est plus coûteux que l’agriculture végétale.

Enfin, l’eau est aussi rendue inexploitable par la pollution. Et l’élevage est de loin le premier pollueur de nappes phréatiques, que ce soit par les nitrates des excréments des animaux élevés en intensif ou des engrais destinés à leur nourriture.

L’utilisation des sols

En effet, comme le rappelle La Sociale (avant de dire exactement le contraire dans la phrase suivante !), la majorité des surfaces cultivées (⅔ en France) l’est pour l’alimentation du bétail. Et c’est bien sûr sans compter l’exploitation de prairies qui sans l’élevage, en France, retournent à leur état naturel boisé. Comme il l’est rappelé par la suite, les humains ne digèrent pas l’herbe… mais l’herbe pousse sur des surfaces qui pourraient être rendues à leur état sauvage ou servire à produire plus efficacement.

En France, 82% des animaux sont élevés en intensif, et la plupart des animaux élevés en extensifs ont leurs rations supplémentées en légumineuses, grain ou fourrages issus de prairies fertilisées. Car oui, les prairies aussi sont fertilisée avec des engrais minéraux.

Alors tous les usages sont-ils équivalents ? Doit-on piller les ressources alimentaires et naturelles des pays les plus pauvres pour alimenter le bétail français ? A priori La Sociale ne souhaite pas trancher, contrairement à L214 ou à l’Association Végétarienne de France.

Évolution de l’agriculture

Oublions que la majorité des cultures et des ressources y étant allouées servent à nourrir du bétail. Oublions les sols maintenus en prairie et fertilisés pour le fourrage. N’affirmons pas que sans élevage nous aurions bien plus d’engrais minéraux à consacrer à une agriculture plus efficace. Ok.

Mais alors comment se passer des animaux si dans un monde futur l’exploitation animale a fini d’utiliser toutes les ressources minérales facilement accessible ? Serions nous obligés d’exploiter des animaux ? On pourrait dire que ce problème ne nous concerne pas maintenant et que nous ferions mieux d’arrêter l’hémorragie en stoppant l’élevage. Mais intéressons nous à ce futur que nous ne connaitrons pas:

Sans exploitation animale, le progrès scientifique peut s’intéresser à de nombreuses innovations d’agriculture biovégétale. Celle-ci est déjà utilisée depuis des milliers d’années, les paysans d’antan n’ayant évidemment pas la possibilité d’étendre du fumier sur l’ensemble de leurs cultures.

Les animaux (dont les humains) ne sont que des concentrateurs d’éléments chimiques tels que l’azote ou le phosphate, ils ne les créent évidemment pas. Certaines plantes captant particulièrement bien l’azote ou le phosphore peuvent être utilisées comme engrais verts, éventuellement après une fermentation permettant de générer du gaz naturel. La méthanisation est une des techniques permettant d’utiliser des co-produits tels que les tourteaux issus de l’industrie de l’huile.

Contrairement à ce que pourraient penser les dogmatiques pourfendeurs du véganisme, toute production animale ne nécessite pas nécessairement une exploitation. C’est particulièrement vrai pour l’utilisation du fumier, qui a priori ne nécessite pas de tuer un animal à la sortie de la jouvence, ou la traction, qui pourrait être une participation à la société comme tout travail humain.

Ceci pourrait être mis en place si l’on s’en donne les moyens et que les subventions (qui ont un montant comparables au salaires des éleveurs) étaient utilisées autrement.

Bien sûr tout ça n’est pas possible du jour au lendemain en tous milieux du globe. Mais le sujet qui nous intéresse ici est-il de savoir ce que nous devrions faire ici et maintenant pour nous diriger vers ce modèle, ou d’instrumentaliser la pauvreté des pays pauvres pour continuer à exploiter des animaux et piller les ressources desdits pays ?

L’exemple des peuls dans le Sahel montre fort à propos que même dans des conditions traditionnelles, l’élevage peut détruire des écosystème. Il se pourrait même bien que l’élevage soit une des causes majeures de l’apparition du désert au Sahara il y a 8000 ans et que la chasse soit celle de l’apparition du désert Australien.

Que faire des travailleurs qui devront peu à peu se reconvertir ?

D’abord il est essentiel de souligner que l’élévation des normes et la désintensification promues par les défenseurs des animaux va dans l’intérêt immédiat des travailleurs. Quand in fine l’exploitation sera interdite, le travail avec les animaux, dans un esprit de justice sociale, demanderait bien plus de main d’œuvre que l’industrie actuelle.

Enfin, le maraîchage n’utilise actuellement que 0,3% des terres française et relativement peu de ressources non renouvelables. Il serait possible de développer très largement ce secteur à haut rendement et très gourmand en main d’’œuvre afin de nourrir une humanité animaliste.

L’image d’illustration a été crée par Réplique éthique
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Un commentaire sur “Le véganisme ou l’impasse idéologique ? (vous avez le choix)

  1. Autre argument en ce sens. Le stress post-traumatique des travailleurs d’élevage (qui font le sale boulot et en payent le prix psychique pour que les consommateurs lambda puissent dissocier viande et animal).

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