L’apiculture est peut-être une bonne chose pour les insectes

Le véganisme est le fait d’éviter, autant que possible, la consommation des produits de l’exploitation animale. Donc consommer du miel n’est pas végane. Il me semble cependant intéressant de ne pas faire du véganisme une fin en soi, mais plutôt de s’intéresser à son efficacité dans l’intérêt des animaux.

Pour éviter les procès en autojustification, je précise que je ne consomme pratiquement pas de miel car je n’aime pas ça et que le sucre est bien moins cher. 

Pourquoi les véganes refusent le miel

Tout d’abord, l’exploitation des abeilles domestiques va à l’encontre des droits qu’on pourrait leur admettre ou de leurs intérêts :

  • la reine est parfois mutilée pour l’empêcher de se déplacer, inséminée artificiellement et/ou tuée lorsqu’elle est moins fertile
  • des abeilles sont tuées accidentellement lors de la récolte
  • prendre le miel des abeilles (et éventuellement le remplacer par une solution sucrée) affaiblit les abeilles et les rend plus vulnérables aux parasites et maladies
  • une seule abeille peut visiter jusqu’à 10 000 fleurs par jour, ce qui lui permet de produire, sur la durée de sa vie (5 à 6 mois), l’équivalent d’une cuillère à café de miel. Il faut donc exploiter énormément d’animaux pour produire ce que consomme un seul humain.
  • favoriser une espèce d’abeilles sur les 850 qui peuplent la France défavorise les autres insectes se nourrissant de pollen ou de nectar, via la concurrence sur les ressources alimentaires. Ceci nuit à la diversité des pollinisateurs et par ricochet à la diversité des plantes pollinisées.
  • la sélection d’abeilles plus productives au fil des siècles a mené à privilégier la rentabilité sur la robustesse des individus et des essaims,
  • afin d’offrir plus de nourriture saisonnière et/ou polliniser certaines culture, certains apiculteurs pratiquent la transhumance (comme aux Etats-Unis où 2/3 des ruches sont transférées vers les amandiers de Californie), tuant par cette épreuve de nombreuses abeilles et favorisant la transmission des parasites et pathogènes.

Il existe certains labels qui interdisent des pratiques comme la mutilation et le commerce des reines, l’enfumage ou encore la transhumance.

Cet article de Végétik permet d’en apprendre plus sur le sujet.

Pourquoi ne pas s’élever contre l’apiculture

D’un autre côté, les apiculteurs font partie des rares éleveurs dont les finances se portent d’autant mieux que leurs animaux ne meurent pas. Ils protègent donc leurs ruches et il est probable que la vie des abeilles exploitées soit plus sûre que celle des abeilles sauvages.

J’ai lu par ailleurs que des alternatives végétales (sirop d’agave, d’érable ou sucre) pouvaient tuer tout autant d’insectes lors des récoltes, mais j’ai du mal à le croire sans preuves en ce sens.

L’apiculture est surtout un des seuls lobbies économiques s’opposant à l’utilisation d’insecticides, protégeant ainsi un immense nombre d’insectes. Leurs plaidoyers ont réussi à faire connaître les abeilles comme des sentinelle de l’environnement, encourageant un élan populaire contre les pesticides comme les appels d’Avaaz pour la protection des abeilles, signés par des millions de personnes.

Les abeilles sont aussi un des seuls insectes (avec les papillons ou les coccinelles) pour lesquels le grand public semble avoir un minimum d’empathie, certainement grâce à l’existence de l’apiculture. Ce lien affectif entre humains et insectes est un atout intéressant pour étendre l’altruisme envers les animaux aux insectes et autres petits invertébrés.

La symbolique

Au-delà de la question des conséquences de l’exploitation, se pose aussi la question de l’impact symbolique de la consommation de miel. Je pense que si l’on vise des évolutions politiques et sociales vis-à-vis des animaux, l’importance stratégique du boycott des 0,4 % de véganes en France est de toute façon très faible.

Il peut paraître plus clair de ne pas faire d’exception et de refuser toute exploitation animale, mais il peut aussi être intéressant d’éviter les procès en dogmatisme en ayant des avis non tranchés sur certaines questions. Prioriser les actions et les demandes les plus efficaces peut aussi éviter de décourager des gens capables de faire des efforts mais qui baisseraient les bras devant l’ampleur de la tâche si on leur parlait d’emblée de miel, de morts par moissons ou de la souffrance des animaux sauvages.

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