L’utilisation des comparaisons par les animalistes (version courte)

Ce texte d’environ 4 minutes de lecture est un résumé d’un texte de 11 minutes.

Le mouvement animaliste abolitionniste utilise fréquemment des analogies et des comparaisons dans son plaidoyer pour les animaux[1]. Comparer signifie relever les différences et les points communs entre deux choses (ou plus). Mais dans un sens secondaire, comparer signifie aussi assimiler deux choses, les confondre. Ce double sens peut mener à des confusions et à des sentences absurdes telles que “c’est différent, on ne peut pas comparer”.

À quoi sert une analogie

Les analogies sont à la base des raisonnements par induction : on remarque des similitudes entre plusieurs faits et à partir de là on essaye d’en tirer une règle générale (sans exception) ou une tendance (s’il existe des contre-exemples). Dans le cadre des luttes contre les discriminations, les analogies jouent un rôle central puisque affirmer l’existence d’une discrimination revient à dire “tel individu n’aurait pas été traité comme ça s’il était comme tel autre” (s’il avait la même corpulence, la même ascendance, la même orientation sexuelle, etc.).

Une analogie peut aussi être utilisée pour réfuter une règle générale. Par exemple, si quelqu’un prétend qu’il est acceptable de tuer un individu qu’on a soi-même fait naître (ce qui est une façon de décrire l’élevage), on peut lui opposer le cas de parents humains voulant tuer leur bébé.

Une analogie peut aussi être utilisée pour impacter émotionnellement une personne en faveur ou en défaveur d’un des éléments de comparaison. Reconnaître tous les points communs entre l’élevage et tel ou tel crime contre l’humanité peut par exemple fragiliser l’assurance de quiconque mange de la viande.

De nombreuses luttes émergentes ont imité les vocabulaires des luttes mieux instaurées pour faciliter la compréhension du grand public, souvent en calquant les termes des luttes précédentes.

Conséquences négatives des analogies

Lorsqu’on fait porter une analogie sur un ou plusieurs points communs afin d’appuyer une hypothèse, il est facile de négliger des différences pertinentes. La qualité argumentative d’une analogie dépend donc d’une part de la pertinence des similitudes qu’elle souligne et d’autre part de la vigilance face aux différences qui pourraient fausser les conclusions.

D’autre part, la domination humaine sur les animaux est si bien acceptée dans nos sociétés que les analogies, voire les assimilations, de certains groupes sociaux à des animaux non humains ont très souvent été utilisées pour rendre acceptable la violence à leur encontre. De plus, de nombreuses luttes progressistes se sont basées sur l’appartenance à l’humanité pour défendre l’élargissement des droits à un plus grand nombre. Porter atteinte à la distinction éthique entre les humains et les autres animaux fait donc parfois craindre un retour en arrière pour les minorités politiques humaines. Souligner les similitudes entre les injustices ou les souffrances subies par les humains avec celles subies par les autres animaux (plus nombreux à vivre subir des souffrances plus intenses) peut aussi faire craindre une hiérarchisation des priorités en défaveur des luttes humanistes.

L’une des critiques les plus fréquentes à l’égard des comparaisons animaux/humains faites par les animalistes porte sur le fait qu’elles soient “indécentes” ou “offensantes”. Cela peut s’expliquer d’au moins deux manières :

  1. l’offense d’être rapprochés sur certains points à des individus considérés comme inférieurs (les animaux non humains)[2] ;
  2. l’offense d’être rapprochés sur certains points à des persécuteurs de minorités humaines (sexistes, esclavagistes, etc.).
Parfois, nous n’avons aucun mal à faire la différence entre une simple analogie et une assimilation. Quel buveur de bière trouverait cette analogie offensante ?

Face à des accusations, nous cherchons à conforter notre estime personnelle en trouvant des excuses à notre comportement. Le sentiment d’être attaqués nous mène à nous défendre et à rejeter les militantes et leur message. La défense la plus classique sera alors de souligner les différences entre les situations où les victimes sont humaines et celles où elles ne le sont pas, afin d’affaiblir la pertinence argumentative des analogies, voire prétendre qu’elles rendraient ces situations non comparables, en jouant sur la polysémie de ce terme.

Communiquer en fonction du public

En tant qu’outil de communication, les analogies ont des effets négatifs et positifs qui dépendent du contexte. Une même analogie, face à des publics différents, peut mobiliser contre les injustices subies par les animaux, ou au contraire susciter une vague d’indignation et de rejet vis-à-vis du discours animaliste. Certaines précautions peuvent limiter les risques liés à l’utilisation d’analogies dans un discours animaliste :

  • accompagner nos analogies de condamnations explicites de l’animalisation des minorités politiques humaines pour éviter que notre discours ne renforce les injustices qu’elles rencontrent ;
  • préciser les limites de l’analogie pour éviter la confusion avec une assimilation ;
  • éviter d’utiliser ces analogies face à un public qui pourraient se sentir spécifiquement concerné ou remis en question ;
  • éviter d’utiliser ces analogies dans un cadre particulièrement conflictuel, face à un public cherchant des prétextes pour s’attaquer au discours animaliste.

Il s’agit maintenant de faire la part des choses pour limiter l’opposition au mouvement animaliste et faire qu’il soit apprécié et écouté, sans pour autant se priver totalement d’outils majeurs du plaidoyer pour les animaux.

Illustration : Eliacoop, pénétration non consentie à des fins de procréation

[1] Les analogies les plus utilisées et décriées sont entre autres celles entre spécisme, racisme et sexisme ; esclavage humain et élevage ; Shoah et exploitation animale ; viol des femmes et insémination artificielle des vaches ; capacités cognitives des humains souffrant d’un handicap mental grave et capacités cognitives des animaux non humains…

[2]Un juif qui trouverait insultant que le terme génocide soit utilisé pour désigner ce qu’ont subi les Tutsis ne le ferait pas en tant que juif, mais en tant que raciste. Lorsqu’un humain noir trouve insultant qu’on parle d’esclavage animal, ce n’est pas autant en tant que noir mais qu’en tant que spéciste. Même si d’un point de vue antispéciste les comparaisons entre humains et autres animaux ne sont pas insultantes, elles peuvent insulter toute personne croyant en une suprématie humaine sur les autres espèces.

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