Utiliser l’effet normatif

Parfois certain·e·s militant·e·s ont tendance à exprimer que la plupart des individus se contentent encore d’avoir des comportements égoïstes sans prendre en compte les conséquences éthiques de leurs actes, et négligent les intérêts des animaux. En expliquant ce que les gens font à tort, nous risquons de donner l’impression (souvent juste) que ce comportement est majoritaire.

Nous aurions probablement intérêt à faire l’inverse. En effet, nous sommes très sensible à ce que tout le monde fait, et avons tendance à répliquer les comportements autour de nous. Ceci peut s’expliquer par le fait que chez tous les animaux sociaux, se conformer au groupe a tendance à rendre ce dernier plus stable, et à augmenter les chances de survie de ses membres.

Les humains, comme les autres animaux sociaux, ont donc inconsciemment envie d’agir selon la norme de la majorité. Cet effet psychologique s’appelle l’effet normatif. Plus un groupe est important pour une personne (plus on se reconnaît comme membre de ce groupe), plus il est proche (physiquement) et plus ce groupe est nombreux et unanime, plus l’influence sociale normative sera importante.

L’envie de se conformer à la norme se traduit même à travers notre langage, citant implicitement la norme comme quelque chose de souhaitable et au contraire, ce qui est hors-norme comme quelque chose à éviter : en utilisant “normal” comme synonyme de bien ou de correct, ou en utilisant “anormal”, “bizarre” ou encore “déviant” pour signaler quelque chose qui ne va pas.

En 1955, Solomon Asch a mené des expériences sur la conformité devenues des classiques, dans le but de découvrir si les gens se conforment encore lorsque la bonne réponse est évidente. En utilisant des complices, Asch a créé l’illusion qu’un groupe entier de participant·e·s croyait à quelque chose qui était clairement faux (que des lignes de longueurs nettement différentes étaient prétendument identiques). Dans cette situation, des participant·e·s testé·e·s se sont conformé·e·s plus du tiers du temps à l’opinion du groupe. Pourtant, lorsqu’on leur a demandé d’exprimer leur opinion en privé, les participant·e·s testé·e·s ont donné la bonne réponse plus de 98 % du temps. Ainsi, les participant·e·s ne se tournaient pas vers les autres pour trouver la bonne réponse (puisqu’elles étaient capables de donner la bonne réponse en privé), mais cherchaient uniquement à être accepté·e·s et à éviter la désapprobation du groupe.

Dans des recherches postérieures (1999), Schultz a constaté l’efficacité de messages mettant en avant la quantité et la fréquence de recyclage des déchets chez les habitants du voisinage, utilisés afin d’inciter les ménages à davantage recycler. Une étude similaire sur l’économie d’énergie a montré que les ménages influencés ne considéraient pas avoir été influencés par l’effet normatif, et attribuaient leurs efforts à des préoccupations environnementales et de responsabilité sociale. L’influence sociale normative peut donc être un facteur de motivation très puissant du comportement, mais rester inconscient, .

D’autres travaux ont examiné les effets physiologiques de l’effet normatif en utilisant l’IRM pour examiner le cerveau de participant·e·s subissant la pression d’un groupe de complices lors d’une tâche de manipulation d’objets. Les résultats ont montré que la région de l’amygdale, associée aux émotions négatives, s’activait lorsque les participant·e·s cherchaient à se détacher de l’influence de la majorité, confirmant le fait que résister à l’influence sociale normative peut souvent avoir des conséquences émotionnelles négatives pour les individus.

La conséquence pour les personnes voulant augmenter le nombre de militant·e·s ou diminuer le nombre de victimes de l’exploitation animale est qu’il faudrait utiliser l’effet normatif de manière positive et éviter ses effets négatifs. Nous devons rappeler les chiffres qui nous sont favorables (ex. : 88% des Français sont contre l’élevage intensif) et, si le pourcentage est bas, plutôt exprimer le nombre absolu (ex. : la France compte déjà plus de 250 000 véganes !).

Le Téléthon utilise par exemple l’effet normatif de manière positive en focalisant l’attention sur l’action que l’association veut voir se produire (tant de personnes ont déjà donné tant d’argent), alors que le pourcentage de donneuses dans la population est très bas.

Dans le contexte animaliste, cela revient à dire par exemple :

  • la plupart des gens sont contre le fait de tuer des animaux sans nécessité et défendent les animaux quand ils en ont l’occasion ;
  • de nos jours, la plupart des gens sont conscients des problèmes posés par l’élevage et réduisent leur consommation de produits d’origine animale ;
  • la majorité de la population mange au moins une fois par semaine un repas végétal ;
  • de nombreuses personnes réalisent actuellement l’injustice que subissent les animaux et commencent à militer pour changer cette situation ;
  • il y a des millions de personnes défendant les animaux dans le monde !

Il est important d’avoir conscience que nous sommes des animaux sociaux et communiquer en conséquence.

Pour aller plus loin :
Social Influence : Compliance and Conformity

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