Que pouvons nous apprendre de l’étude des ex-végétariens ?

Traduit depuis l’article du Vegan Strategist What can we learn from research on ex-vegetarians?

Des recherches récentes et approfondies menées par les Faunalytics (ils fêtent leurs 19 ans, allez les soutenir !) ont montré qu’aux Etats-Unis, seule une végétarienne ou végétalienne sur cinq maintient son régime alimentaire*. En d’autres termes, 84 % des végétariennes et végétaliennes recommencent à manger de la viande ou d’autres produits animaux.

Tout d’abord, même si cette nouvelle peut consterner à première vue, je pense que ça ne devrait pas être le cas . Cela signifie qu’il y a un potentiel beaucoup plus grand pour le végéta*isme que les quelques pourcentages que nous avons en ce moment. Cela signifie que beaucoup plus de personnes ont envisagé ou pourraient envisager de devenir végéta*iennes. Cela signifie que si nous parvenons à supprimer certains obstacles, il y a un énorme potentiel de croissance pour le mouvement. Si toutes celles qui commencent un régime végéta*ien s’y tenaient, nous aurions déjà la masse critique nécessaire !

Deuxièmement, sur les motivations : le fait que la « protection des animaux » soit beaucoup plus évoquée comme raison de leur végétarisme par les végétariennes actuelles que par les ex-végétariennes (68% contre 27%) amène certaines (dont Matt Ball) à conclure que les raisons « altruistes » permettent plus de stabilité. Selon cette interprétation, la santé serait en particulier un mauvais argument à utiliser lors de notre travail de sensibilisation. Il me semble qu’il s’agit peut être là d’une mauvaise conclusion à ce travail de recherche. J’aimerais au moins en offrir une autre interprétation.

Si l’on veut que le végéta*isme soit plus durable, il est sans doute bénéfique de s’assurer que les gens aient de solides motivations, ce qui les rend moins susceptibles de s’écarter du véganisme. Les motivations éthiques, en ce sens, semblent plus solides. Et en théorie, la seule raison de se tenir à un régime végétarien ou végétalien est de penser que les animaux ne devraient pas être mangés (tout autre argument ne poserait pas de problème pour une très faible consommation de produits animaux). Cependant, il existe différentes façons de faciliter le maintien du végéta*isme. Une manière est d’augmenter la motivation, l’autre est de modifier les conditions sociales des végéta*iennes. Bien sûr, le fait d’avoir une ou deux végéta*iennes dans son entourage aide aussi (surtout parmi la famille ou les collègues). Mais rendre la société plus accommodante et compréhensive du végéta*isme ne demande pas pour autant que les gens deviennent eux-mêmes végéta*iennes, et c’est probablement un moyen beaucoup plus rapide. Et pour cela – pour rendre le vég*isme plus mainstream – la santé semble être un facteur de motivation qui peut convaincre davantage de gens.

J’ai d’autres doutes quant à l’interprétation selon laquelle la recherche du HRC nous indiquent que nous devrions nous concentrer sur les motivations éthiques, en particulier envers les animaux :

  • il me semble que nous ne pouvons pas interpréter à partir de ces données ce qui a motivé initialement les gens à devenir végés, par opposition à ce qui les motive actuellement. Il se peut très bien (comme certaines recherches semblent l’indiquer) que de nombreuses personnes passent de motivations liées à la santé à des motivations éthiques. Et si les motivations et la communication en matière de santé étaient plus appropriées pour attirer les gens au départ ? Si tel était le cas, l’argument en faveur d’un focus sur l’éthique animale dans toutes nos communications ne tient pas la route. Bien au contraire.
  • il peut y avoir une sorte d’auto-sélection des personnes consentant à répondre, avec laquelle les personnes motivées par l’éthique (en particulier l’animalisme) ont davantage tendance à répondre, et sont plus éventuellement plus enclines à donner certaines réponses.
  • nous devons aussi nous demander si les récidivistes mangent autant de viande qu’avant ou deviennent en fait quasiment végéta*iennes, mangeant par exemple végé 6 jours par semaine. De grandes masses gens réduisant leur consommation font une grande différence. Même si les végétariennes pour la santé ne le restaient pas complètement mais demeuraient ensuite quasi-végéta*iennes, et que nous pouvions facilement « rendre » plus de personnes végétariennes pour la santé, ce serait un argument en faveur d’une communication axée sur la santé. De même, pour avoir une bonne vision globale du problème, il faudrait tenir compte du nombre d’années pendant lesquelles les personnes ont été végéta*iennes.
  • une vraie cause de préoccupation serait, cependant, que les ex-végéta*iennes ne deviennent de mauvaises porte-parole pour le végéta*isme.

C’est bien beau de dire que les gens devraient être motivés par des raisons éthiques, mais cela ne veut pas dire qu’ils le seront facilement. Il me semble que le bon sens nous indique – et c’est répété dans une grande partie de mes lectures sur le changement – qu’il est plus productif de formuler notre message d’une manière connectée aux valeurs que les gens ont déjà (santé, environnement), que d’essayer de leur faire adopter les valeurs que nous voudrions qu’ils aient. Nous rendrons ainsi plus rapidement mainstream les idées végéta*iennes, sans nécessairement augmenter le nombre de végétaliennes, mais en réduisant drastiquement la consommation de viande et en augmentant l’offre végéta*ienne dans les restaurants et les magasins. Le changement de société que cela entraînerait rendrait ensuite plus facile pour n’importe qui de devenir végéta*ienne.

Ce que je pense être une grosse erreur est aussi encore une fois répétée : le plus grand intérêt pour le nombre de végéta*iennes que pour le nombre de repas végéta*iens consommés. Le second facteur est bien plus important que le premier, non seulement parce qu’en chiffres absolus, il peut avoir un effet plus important sur la souffrance animale, mais aussi parce que, à ce stade de l’histoire de notre mouvement, il est probablement plus facile et plus bénéfique d’augmenter rapidement le nombre de repas de végéta*iens que le nombre de personnes végéta*iennes. C’est l’incrémentalisme que le HRC souligne également dans ses conclusions : « les derniers résultats montrent une fois de plus qu’un message axé sur la réduction plutôt que sur l’élimination des produits d’origine animale pourrait être plus efficace pour créer une baisse globale de la consommation des produits d’origine animale ».

J’ai aussi été très heureux de lire dans les conclusions du HRC qu’il était important de porter notre attention sur comment soutenir le végéta*isme. Je pense que le militantisme végé devrait se concentrer sur la facilitation, et sur l’abaissement des barrières, plutôt que de tenter de convaincre les gens de pourquoi ils devraient être végéta*iens.

Une autre leçon, à mon humble avis : il ne faut pas sous-estimer l’importance de prêcher des convaincues. Organiser des repas-partage entre véganes est parfois mal vu par les « vrais » activistes de rue. Je pense que ces résultats indiquent autre chose. Il est très important de se soutenir mutuellement.

Dans tous les cas, nous ne devons pas rester dans le déni. J’ai vu des militantes animalistes répondre simplement à ces faits par des « nous savons mieux que d’autres, pour nous ce n’est pas une phase ». Bien sûr, ce n’est pas une phase pour certaines, mais apparemment, pour une majorité, ça l’est bien. Levons leurs freins au végéta*isme.

*L’article est traduit au féminin neutre. Les végés étant principalement des femmes, ceci respecte l’accord en nombre.

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Un commentaire sur “Que pouvons nous apprendre de l’étude des ex-végétariens ?

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