Pourquoi le nombre des victimes ne dit pas grand chose des progrès du mouvement animaliste

Les associations contestant les stratégies dominantes actuelles (peu confrontationnelles & réformistes) ont l’habitude de souligner l’inefficacité du mouvement abolitionniste chaque année où la consommation de viande ou le nombre d’individus consommés augmente. Cependant, la consommation est un très mauvais indicateur de l’avancée de notre mouvement.

En effet, il y a en France environ 4% de végétariens dont probablement moins de 0,5% de véganes (bien que 4% des personnes interrogées aient déclarés pratiquer le véganisme dans ce sondage). Le nombre de véganes aurait beau doubler, cela n’aurait pas plus d’impact que si les zoophages diminuaient leur consommation de 0,5%. Hors, il y a beaucoup de facteurs non liés à l’éthiques qui peuvent entraîner une évolution de la consommation de produits animaux. L’augmentation de la population augmente par exemple la demande, ou une reprise économique permet de se nourrir de moins de pâtes et de plus de jambon, tout en encourageant le gaspillage alimentaire.

Lorsqu’une personne qui mange des animaux une fois par semaine cesse sa consommation, l’impact sur la quantité de victimes est plus faible que si une personne qui en mange deux fois par jour diminue sa consommation d’un dixième. Ainsi, les faibles évolution de comportement des gros consommateurs ont plus d’impact direct sur la consommation globale que les changements à forte connotation symbolique telles que les passages au végétarisme ou au véganisme. Ces changements à forte connotation symbolique ont cependant beaucoup plus de chance d’entraîner un militantisme.

Et comme le font très bien remarquer les associations qui se basent sur le critère de consommation pour constater la prétendue inefficacité du mouvement, le symbolisme du végétarisme ou du véganisme sont des outils de changement culturel assez limités :

  • Le grand nombre de personnes souhaitant réduire leur consommation de viande seront par exemple les premiers clients de substituts de type « nuggets végétaux ».
  • Il est par ailleurs possible de consommer des produits animaux mais financer des associations abolitionnistes (c’est même assez fréquent à ma connaissance), ou de militer activement pour la prise en compte des intérêts et/ou des droits animaux. Ces comportements ont des impacts culturels potentiellement bien plus important qu’un seul boycott.

Il faut considérer que les végétariens d’aujourd’hui ne sont que des innovateurs, d’une courbe en cloche se déplaçant sous la force d’un changement culturel entamé il y a 300 ans : la prise en compte éthique des animaux pour eux-mêmes.  Au fur et à mesure que le changement culturel se fera, de plus en plus de personnes boycotteront les produits animaux. Après les innovateurs viendront les groupes des précurseurs, celui de la majorité progressiste… puis un changement législatif obligera la majorité lente et les retardataires à se conformer à l’intérêt général.

On ne connait pas exactement la forme de la courbe en cloche, ni quelle quantité de changement culturel est nécessaire à atteindre la majorité progressiste. Le changement peut être très progressif…

… ou au contraire quasi-exponentiel à ses débuts.

Mais on aurait tort de se dire qu’il est important d’avoir toute la majorité progressiste devenue végétarienne ou végane pour obtenir l’interdiction de l’exploitation animale. En fait les gens sont beaucoup plus aptes à accepter un changement qui leur coûte personnellement si tout le monde doit s’y conformer. Ainsi, lorsqu’en 2008 deux tiers des votants californiens ont soutenu l’interdiction de la production et de la vente d’œufs de poules élevées en cages, environ 95% des œufs consommés aux Etats-Unis étaient issus de poules élevées en cage ! L’évolution de la consommation n’est donc pas forcément corrélée avec l’évolution de son acceptation culturelle.

Si l’objectif est l’abolition de l’exploitation animale, deux facteurs clés me semblent bien plus cruciaux que le nombre de victimes une année donnée : la prise en compte culturelle des intérêts des animaux et la facilité à se passer de l’exploitation animale. Ainsi, de bien meilleurs indicateurs de l’avancement de notre lutte mes semblent être :

  • la connaissance, la compréhension et l’acceptation de nos arguments par le grand public (estimables respectivement par exemple par le nombre de tribunes dans la presse, la cohérence des arguments qui y sont opposés, la teneur des commentaires suite à ces tribunes)
  • la normalisation et la facilité d’accès d’un mode de vie végane (estimables respectivement par exemple par la virulence du végé-bashing dans les commentaires sur les sites de médias généralistes et par le nombre de produits véganes en grande distribution et dans les restaurants).
Image d’illustration issue du site de vente de T-shirts militants Ni dieu ni maitre

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s