Sexe et véganisme

J’ai été invité sur un plateau télé pour parler de ce thème… alors autant en faire un article au titre et contenu racoleur ! 

Quels sont les produits véganes en lien avec la sexualité ?

Si essaye de ne pas participer à l’exploitation animale, on peut éviter les lubrifiants dont le potentiel irritant est testé sur les animaux et les latex additionnés de caséine, une protéine du lait. Ce ne sont clairement pas les produits qui font le plus de victimes donc l’importance de ce boycott est à relativiser par rapport à d’autres actions pour les animaux. Mais comme pour l’alimentation carnée, on s’en passe facilement : il existe de grandes marques qui ne font pas de tests sur les animaux et qui ne n’utilisent pas de caséine, c’est bien de les encourager sur cette voie.

Est-ce que les véganes ont une sexualité plus connectée à la nature ?

Il faudrait déjà s’entendre sur ce qu’est la nature. Si l’humain fait parti de la nature, tout ce qu’on fait est naturel. Si c’est ce qu’on fait par instinct, en dehors de nos civilisations, alors le véganisme n’a rien à voir avec ça. Au naturel, les premiers hominidés mangeait dans les 90% de végétaux mais aussi des carcasses abandonnées par les prédateurs (à griffes et à crocs) et des larves, limaces et autres petits animaux.

En matière de sexualité, l’idée de nature a souvent été utilisée pour dénoncer des comportements « contre-natures », de la masturbation à l’homosexualité. Dans la nature, les humains (comme les autres animaux) se transmettent des mst, subissent des viols dès les premiers signes de fertilité, n’utilisent pas de contraception, ont 10 enfants dont 8 meurent avant l’age adulte, et meurent fréquemment en couche. Le véganisme c’est rechercher des comportements éthiques, indépendamment de l’idée qu’on peut avoir de la nature.

Est-ce que les véganes sentent meilleurs ?

Si c’était le cas, ce ne serait forcément qu’une moyenne. Il serait totalement absurde de penser que tous les véganes sentent meilleur que n’importe quelle personne consommant des animaux. Y’a bien une étude de physiologie qui est parue sur le sujet en 2006 et conclue que les gens qui ne mangent pas de viande ont une odeur moins forte et plus attirante. Mais là on est très loin des objectifs du véganisme !

Est-ce que les véganes sont de meilleurs coups ?

En moyenne, les personnes végétariennes sont en meilleur santé que celles qui mangent des animaux. Ça peut s’expliquer par le fait qu’elles sont en moyenne plus proches des recommandations officielles en terme d’alimentation et surtout qu’on s’inquiète systématiquement d’où elles tirent leurs protéines, etc. (s’affirmer végé provoque de nombreuses n vocations de nutritionnistes autodidactes).

Au delà de la forme physique, pour moi un bon coup c’est surtout quelqu’un qui fait attention à l’autre. Et comme on peut s’y attendre, plusieurs études ont montré une corrélation entre l’empathie et le fait de se soucier du sort des animaux d’élevage au point de ne pas vouloir les manger.

Est-ce que manger une moule c’est végane ?

Le véganisme n’interdit pas tout échange avec les animaux. Ce qui compte c’est le consentement et l’intérêt mutuel. Caresser une chatte sans son consentement ne pose évidemment pas le même problème éthique que de le faire dans un intérêt partagé.

En ce qui concerne les moules, leur absence de capacités cognitives les rapproche plus des plantes vertes que des cochons (sur un plan éthique). Si un individu ne peut pas souffrir ni ressentir de plaisir ou avoir de désirs, il n’a aucun intérêt que nous pourrions respecter. La plupart des véganes que je connais ne consomment pas de moules. Cela peut se justifier par le symbolisme, la simplicité du message : nous n’avons pas besoin de manger des animaux pour bien vivre. Cette simplicité se transforme parfois en une adhésion irréfléchie à une discrimination règniste : ne pas manger d’animaux simplement parce que ce sont des animaux.

Qu’est-ce qu’être végésexuelle ?

La végésexualité c’est la préférence romantique ou sexuelle pour des personnes végétariennes (dont végétaliennes ou véganes). Ça n’a rien d’incroyable : en général on s’entend bien avec les personnes qui ont des valeurs proches des nôtres.
Sortiriez-vous avec quelqu’un qui mange des chats deux fois par jour ? Moi peut-être. Pour moi ça n’est pas très différent que de manger des vaches ou des cochons, qui ont grosso-modo les mêmes capacités cognitives.
Beaucoup de véganes sortent avec des gens qui mangent des animaux, parce qu’on sait bien que des personnes peuvent être altruistes et avoir beaucoup de compassion mais suivre leurs habitudes ou être soumises à la norme qu’on leur a imposé dès la naissance : l’idée qu’il est nécessaire et donc moral de manger des animaux.

Y’a-t-il des lien avec orientations sexuelles ou romantiques hors norme et véganisme ?

Quand on sort d’une norme sociale, soit par ouverture d’esprit et esprit critique, soit par nos préférences sexuelles, on a plus de facilités pour remettre d’autres normes en question. La consommation chair animale m’a été imposée avant même que je puisse parler. On ne m’a jamais demandé mon avis, c’était partout autour de moi et quand à la ferme je disais que je ne voulais pas qu’on tue les animaux pour que je les mange, on me trompait en me disant que c’était nécessaire à ma santé.

L’hétéronormativité marche de la même manière : tout autour de nous, depuis notre naissance, nous voyons des couples hétéros, les chansons sont hétéros, les films et livres parlent d’histoires hétéros. Et il n’y a que dans les grandes villes où nous pouvons sortir de la norme sans trop subir de rejet sociale.

Au delà de ça, beaucoup d’hétéros utilisent la viande pour conforter leur masculinité. Manger des légumes c’est un truc de gonzesses alors qu’aimer les barbecues, la chair et le sang c’est bien viril. Quand on sort de ces archétypes et qu’on ne ressent pas le besoin se conformer à une idée éculée de la masculinité, on devient plus libre de manger selon notre conscience. Il me semble qu’on trouve une bien plus grande proportion de végé et véganes chez les bisexuels, les trans ou les lesbiennes que chez les hétéros, et particulièrement les hommes cis hétéros.

Y’a-t-il des liens entre véganisme et polyamour ?

Article détaillé ici
En plus de sortir des normes, les polyamoureux rejettent la propriété du corps de l’autre. On respecte la volonté d’autrui à disposer librement de son corps, on ne lui impose pas notre volonté. Le consentement libre de chaque parti est fondamental pour avoir une relation éthique avec autrui.

De plus, le polyamour fait très bien la distinction entre aimer la proximité de l’autre et vouloir son bonheur. Être heureux que la personne qu’on aime trouve aussi son bonheur avec un autre s’appelle la compersion (l’inverse de la jalousie). Certaines personnes peuvent aimer les animaux mais vouloir quand même les tuer (ce qui est plutôt contraire à leur bonheur ou au respect le plus élémentaire). Ces personnes confondent aimer être avec un individu et vouloir son bonheur, deux conceptions différentes de ce qu’est l’amour.

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