La stratégie véganiste est-elle vouée à l’échec ?

Cet article rassemble une liste d’arguments pour et contre la démarche militante visant à changer les individus (plutôt que les institutions et/ou la culture). Cette stratégie est appelée « stratégie véganiste », surtout lorsque le changement visé est une modification du comportement de consommation.
La plupart de ces arguments sont inspirés de cet article du Sentience Institute.

Arguments contre la stratégie véganiste

  • Le focus sur la demande à devenir végane (« go vegan ») peut amplifier la fétichisation de l’impact de la consommation personnelle (ce qu’on appellera au choix recherche de pureté ou cohérence). L’attention et les ressources mises dans ce changement de comportement de consommation ne pourront pas être investies dans des actions militantes plus efficaces.
  • Mettre le focus sur le style de vie des personnes peut être incompris et détourner l’attention du message principal (l’abolition de l’exploitation animale), et donc empêcher le débat de société.
  • Ce malentendu (focus sur le style de vie) facilite la croyance que le véganisme serait un « choix personnel ». Comparativement à un message mentionnant explicitement les victimes, il facilite le fait d’ignorer les victimes de l’exploitation.
  • Le focus sur l’impact individuel (plutôt que social) est davantage culpabilisant. Il provoque un effet boomerang : les personnes vont se sentir agressées et vont chercher à justifier leur comportement, à contrer l’argumentaire animaliste ou même à rejeter les militantes* (végéphobie) et leur message. [*féminin générique]
  • La responsabilisation individuelle (plutôt que sociétale) rend difficile l’indignation de personnes qui pourraient s’élever contre l’exploitation (ou certaines de ses formes), mais y participent par leur consommation.  Les personnes auront tendance à ne pas se sentir légitimes à s’opposer à l’exploitation animale, par manque de cohérence vis-à-vis de leur consommation.
  • Le changement institutionnel peut être plus efficace pour changer les comportements individuels, en allégeant la pression sociale contre le véganisme, voire en l’inversant.
  • Il existe peu d’exemples historiques de réussite d’un mouvement social s’appuyant essentiellement sur un boycott. La demande de changement de comportement de consommation était très secondaire (quand elle existait) : boycott du sucre antillais, free produce movement….
  • Le changement social est mieux accepté que le changement individuel : 49 %, 47 % et 33 % des adultes états-uniens déclarent respectivement soutenir l’interdiction de l’élevage industriel, des abattoirs et de l’exploitation animale. De nombreuses personnes ne sont favorables à de nouvelles contraintes uniquement si tout le monde s’y soumet.

A noter : certains de ces arguments tomberont si le public considère un jour que le véganisme n’est pas le simple fait de s’abstenir de consommer des produits issus de l’exploitation animale (définition courante), mais est plutôt le fait de militer contre l’exploitation animale tout en mettant son comportement de consommation en cohérence.

Arguments pour la stratégie véganiste :

  • Le véganisme est plus acceptable médiatiquement que l’abolitionnisme, car la demande d’un changement individuel parait moins incongrue que la demande de changement social (fenêtre d’Overton). Un message véganiste pourrait donc être mieux diffusé et accepté qu’un message (plus) explicitement abolitionniste.
  • « Go vegan » (devenez végane) présente un objectif plus clair que « stop spécisme » ou « mettons fin à l’exploitation animale » : le public comprend concrètement ce qu’on l’appelle à faire.
  • La stratégie de conversion individuelle montre des résultats plus évidents et plus nombreux (ex : telle personne est devenue végane en partie grâce à mon influence). L’obtention de résultats positifs encourage le militantisme.
  • Le changement individuel vers le véganisme peut amener à un changement profond de la société en faisant tache d’huile :
    • il met en question la norme par son comportement ;
    • il démontre la faisabilité à petite échelle d’une vie sans exploitation animale ;
    • dans un comportement social, il donne un exemple de ce qu’on peut faire pour les animaux, ce qui peut encourager d’autres personnes à suivre ;
    • si de nombreuses personnes changent, cela normalise le mode de vie végane et diminue le rejet social de la différence, facilitant la militance
    • il encourage les productions alternatives (comme le fait le flexitarisme, premier débouché des produits « véganes »).
  • Le changement de comportement et de positionnement politique sont intimement liés (le véganisme mène au militantisme, comme le militantisme mène au véganisme).

Changement institutionnel Vs. interpersonnel : un faux dilemme ?

  • Le nombre de véganes (même non militantes) et leur impact sur l’opinion publique influe sur l’acceptation par les institutions de réformes animalistes, d’abolitions sectorielles ou in fine de l’abolition de l’exploitation animale.
  • Plus les militantes sont nombreuses, plus elles pourront agir pour influencer les institutions. Augmenter le nombre de militantes permet d’augmenter la pression sur les institutions.
  • A un moment, il s’agit de toute façon de convaincre les personnes en situation de décision dans les institutions.

Comportements individuels, opinions individuelles, opinion publique et positionnements des institutions sont intimement liées. Réduire les consommations individuelles de produits animaux facilite les changements institutionnels et il n’y a pas lieu d’opposer fondamentalement stratégie véganiste et institutionnelle.
En revanche, l’efficacité de nos actions militantes peut toujours être optimisée en fonction du contexte. Il peut par exemple être plus efficace d’inciter au militantisme contre l’exploitation animale (en donnant des exemple d’actions concrètes), plutôt que d’inciter au seul boycott.

Pour voir comment améliorer votre discours face aux individus, cliquez ici.
Pour d’autres idées d’actions militantes réalisables facilement, cliquez ici.
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