Faut-il cibler les influenceurs ou la population en général ? – Les questions fondamentales pour la défense efficace des animaux

Vote des experts : Influenceurs 5,8/10, Population 4,2/10

Explication: Devrions-nous cibler notre communication militante vers la population en générale ou plus particulièrement vers les influenceurs ? Concrètement, cibler les influenceurs signifie rédiger des contenus plus sophistiqués et intellectuels au dépend de leur accessibilité ; participer à de petites conférences universitaires plutôt que devant un large public plus varié ; sensibiliser des célébrités plutôt que de diffuser des tracts dans la rue.

Arguments pour le ciblage des influenceurs

  1. Chaque influenceur affecté aura un plus gros impacte, puisque par définition il dispose de plus de ressources sociales, financières, politiques, etc..
    1. L’importance de cet argument est influencée par le degré de disproportion des ressources entre différents groupes. Par exemple, si l’on pense que des technologies de pointe telles que l’intelligence artificielle forte seront probablement développées rapidement et auront un impact important sur la société, les personnes impliquées dans ces technologies pourraient avoir une influence extrêmement disproportionnée.
  2. Pour obtenir certains résultats législatifs dans le mouvement anti-avortement, le soutien des influenceurs semble avoir été plus important que le soutien de la majorité du public[112].
  3. La prise de décision à la Cour suprême des États-Unis peut vraisemblablement être influencée par les groupes d’intérêt et par la culture de l’élite, ce qui suggère qu’un changement institutionnel peut être assuré sans obtenir au préalable le soutien du grand public[113][114].
  4. Dans les années 1960-80, les dirigeants du Parti républicain[115], de l’Église catholique[116] et de la communauté protestante évangélique[117] avaient tous des positions anti-avortement beaucoup plus fermes que les membres et les partisans de leur communauté, et les actions des organisations s’alignaient plus étroitement sur les dirigeants que sur les membres et les partisans de la communauté.
  5. Les influenceurs sont sans doute plus sensibles aux messages rationnels (en particulier les intellectuels tels que les chercheurs et les universitaires), ce qui les rend probablement plus réceptifs à nos arguments fondés sur la raison et nous permet de transmettre notre message de la manière la plus honnête et directe.
  6. Les influenceurs sont sans doute plus constants dans leurs opinions, ce qui signifie que les changements que nous apportons à leurs idées et à leur comportements sont plus susceptibles de persister.
  7. Dans les années 1970 et 1980, une couverture médiatique positive dans les journaux allemands les plus prestigieux était un indicateur majeur montrant l’opinion publique favorable à l’énergie nucléaire. [72]
  8. Le cadrage du débat dans les médias, par les législateurs et par les acteurs influents du mouvement social semble susceptible de modifier les effets d’une décision de la Cour suprême sur l’opinion publique[119].
    Il existe de faibles preuves provenant du mouvement anti-avortement selon lesquelles le changement social peut être plus susceptible de se produire si des groupes professionnels crédibles préconisent le changement pour des raisons techniques avant qu’une participation et une pression plus larges soient encouragées[120].
    La question de savoir s’il s’agit d’une preuve en faveur de la sensibilisation des influenceurs dépend de l’étape du changement social dans laquelle se trouve actuellement le mouvement animaliste.

Arguments pour le ciblage de la population en général

  1. Que ce soit directement ou par l’intermédiaire d’influenceurs, le public doit être amené à soutenir les changements sollicités par les militants (bien que cela puisse ne pas être le cas pour certains changements et dans certaines circonstances).
  2. Une étude a révélé que la proportion d’une population qui participe à une campagne de résistance non violente est positivement corrélée à une issue favorable[121] et qu’aucune campagne n’avait échoué après avoir maintenu la participation active de 3,5% de la population[122].
  3. Selon une analyse récente, l’accent mis sur la mobilisation de la base semble être une caractéristique commune à plusieurs mouvements sociaux américains modernes réussis et comparativement absente de plusieurs mouvements moins réussis[123].
    Les spécialistes des mouvements sociaux ont constaté que l’opinion publique est souvent un déterminant important des résultats législatifs[124]. Certains défenseurs des animaux pensent également que le succès du lobbying dépend d’une opinion publique favorable[125], voire de la polarisation des attitudes[126].
  4. L’opinion publique peut jouer un rôle important dans le maintien ou l’annulation d’une législation[127]. Le public peut influencer la législation directement par le biais d’initiatives de vote et de référendums et indirectement en votant pour des politiciens qui épousent des points de vue correspondant à leurs préférences.
  5. La prise de décision de la Cour suprême des États-Unis semble être considérablement influencée par l’opinion publique[128]. Lorsque l’opinion publique avant la décision est proche de la décision de la Cour suprême, le risque de revers législatif est plus faible et les effets de la décision sur l’opinion publique semblent être plus positifs[129].
  6. Un examen de 121 articles de recherche suggère que lorsque la Cour suprême des États-Unis prend une décision, cela fait évoluer l’opinion publique vers l’opinion impliquant cette décision. Cet effet est légèrement plus faibles que celui de l’influence de l’opinion publique sur les décisions de la Cour suprême[130].
  7. Dans les mouvements contre l’avortement, pour les droits civils et pour les droits des homosexuels, les décisions judiciaires qui n’avaient pas le soutien de la majorité de l’opinion publique semblent avoir provoqué une réaction négative importante de l’opinion publique[131][132].
  8. Les campagnes en faveur du bien-être animal dirigées vers les entreprises dépendent en partie de la mobilisation du public pour exprimer son mécontentement à l’égard d’une pratique particulière de l’élevage, telle que la mise en cage des poules pondeuses. Il peut être crucial que le public soit déjà opposé à une pratique pour que ces campagnes soient couronnées de succès.
  9. Les influenceurs sont souvent plus difficiles à atteindre et déjà être sollicités par de nombreuses personnes cherchant leur attention.
  10. Les influenceurs sont plus souvent publiquement mandatés à certains postes, ce qui peut rendre leur avis plus difficile à changer.
  11. Parce que le succès de nombreux influenceurs est soumis à l’opinion publique (que ce soit les auteurs devant vendre leurs livres ou les politiciens devant obtenir des votes), l’opinion et le comportement des influenceurs peuvent être principalement déterminés par l’attitude et le comportement de la population générale.
  12. Les animalistes peuvent avoir plus de flexibilité pour utiliser des tactiques controversées s’il y a un soutien public pour leurs demandes[133].

Argument non tranché

  1. Dans le mouvement anti-esclavagisme britannique, des élites ont été recrutées en tant que dirigeants parmis les politiciens et les intellectuels anglicans, mais leurs campagnes de pétition au niveau local ont mobilisé les masses et semblent également avoir été d’une importance critique [73].
  2. Plusieurs mouvements sociaux américains modernes couronnés de succès semblent avoir consacré des ressources substantielles à des tactiques visant à changer l’opinion publique[135]. Il en va de même pour certains mouvements américains moins couronnés de succès, comme le mouvement anti-avortement[136], mais d’autres, comme le mouvement de contrôle des armes à feu, ont peu mis l’accent sur les campagnes d’opinion publique[137].

[112] « La politologue Rosemary Nossiff compare les États de New York et de Pennsylvanie afin de mieux comprendre les causes du changement législatif au cours de la période 1965-72. Nossiff met en évidence plusieurs facteurs comme ayant une importance causale potentielle dans l’obtention d’un changement législatif dans la direction souhaitée, notamment la réussite des manœuvres politiques et l’alignement sur des politiciens influents (le parti démocrate dans les deux cas)… À l’appui de cette conclusion, un article des économistes Marshall Medoff et Christopher Dennis a révélé que « le contrôle institutionnel Républicain des branches législatives/exécutives d’un État est positivement associé à la promulgation d’une loi TRAP [Targeted Regulation of Abortion Providers], tandis que le contrôle institutionnel Démocrate est négativement associé à la promulgation d’une loi TRAP ». En revanche, « le pourcentage de catholiques dans la population d’un État, les attitudes publiques anti-avortement, l’idéologie politique de l’État et le taux d’avortement dans un État » sont des prédicteurs statistiquement non significatifs. » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (leçons tirées du mouvement anti-avortement américain).

[113] « La littérature examinée ici suggère que l’implication directe dans les affaires de la Cour suprême, l’implication et le plaidoyer dans les institutions et les cultures d’élite qui influencent les juges, et le plaidoyer axé sur l’évolution de l’opinion publique peuvent tous affecter la probabilité de décisions favorables. » – Jamie Harris, Is the US Supreme Court a Driver of Social Change or Driven by it ? Une analyse documentaire

[114] « L’arrêt Roe v. Wade montre que les décisions de justice peuvent parfois être à l’origine de progrès plus importants que ceux qui sont considérés comme réalisables par des changements législatifs. Seule une minorité de personnes soutenait l’accès à l’avortement sans restrictions au début des années 1970, et dans certaines parties du pays, l’opposition aux mesures proposées pour libéraliser la loi sur l’avortement était majoritaire. » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (leçons tirées du mouvement anti-avortement américain).

[115] « Les données d’enquête suggèrent qu’il n’y avait pas d’association forte et constante entre les opinions politiques conservatrices et les attitudes anti-avortement à la fin des années 1980 et que les électeurs républicains ne sont devenus davantage anti-avortement que les électeurs démocrates qu’à partir d’un certain moment entre les enquêtes de 1984 (0% de différence) et 1988 (5% de différence)…. [Néanmoins,] les candidats républicains à la présidence et les programmes électoraux centralisés du parti étaient devenus étroitement associés à la cause anti-avortement dès 1980. » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (leçons tirées du mouvement anti-avortement américain).

[116] « Il est prouvé que les catholiques ont des opinions plus libérales sur l’avortement que les enseignements officiels de l’Église catholique, et certains catholiques ont activement soutenu le droit à l’avortement… Malgré ces constats mitigés, le premier mouvement anti-avortement était fortement dominé par les catholiques et l’Église catholique a assuré une stabilité organisationnelle même lorsque le soutien des autres groupes fluctuait. » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (leçons tirées du mouvement anti-avortement américain).

[117] « Bien que le mouvement anti-avortement ait trouvé des alliés utiles dans la communauté chrétienne évangélique, ce n’était pas nécessairement une tactique intentionnelle de ses défenseurs ou un résultat inévitable des alliances religieuses naturelles. L’historien des religions Randall Balmer, un chrétien évangélique, soutient que les associations des évangéliques avec le parti républicain et avec une position anti-avortement se sont développées à la fin des années 1970 pour des raisons tactiques et politiques, plutôt que pour des raisons religieuses, puisque  » la Bible est plutôt silencieuse sur la question de l’avortement… [Cependant,] l’audience croissante et la politisation grandissante des émissions religieuses évangéliques semblent avoir commencé dans les années 1970.  » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (leçons tirées du mouvement anti-avortement américain).

[72] « Les corrélations de temporelles montrent que – sur la période entière de 1975 à 1986 – la couverture par les journaux Stern (0.66), Der Spiegel (0.71) et Frankfurter Rundschau (0.47) ont anticipé l’opinion de la population par trois, deux et un an, respectivement. » – Hans Mathias Kepplinger, Individual and institutional impacts upon press coverage of sciences: the case of nuclear power and genetic engineering in Germany

[119] « Cette revue de la littérature a trouvé des preuves que […] le cadrage dans les médias, par les législateurs et par les acteurs des mouvements sociaux concernés est susceptible de modifier les effets d’une décision de la Cour suprême sur l’opinion publique. » – Jamie Harris, Is the US Supreme Court a Driver of Social Change or Driven by it ? Une revue de la littérature

[120] « Les arguments en faveur de la libéralisation de la loi sur l’avortement semblent avoir été mis en avant dans les années 1950 et au début des années 1960 principalement par des professionnels de la médecine, de la psychiatrie et du droit. En comparaison, la prédication catholique et les organisations locales suggèrent que le premier mouvement anti-avortement était davantage axé sur l’influence de masse, même si de nombreux défenseurs de la première heure étaient également des professionnels. Il est difficile de savoir dans quelle mesure cette différence a rendu la réforme de l’avortement plus probable ou plus efficace. Néanmoins, étant donné que l’avortement a été dépénalisé jusqu’à douze semaines de grossesse par l’arrêt Roe v. Wade et que cette réforme, ainsi que l’opinion publique sur le sujet, n’ont pas substantiellement changé depuis, cela constitue une preuve modeste que les changements sociaux ont plus de chances de réussir s’ils sont d’abord défendus par des professionnels. En outre, la campagne pour la réforme de l’avortement à Hawaï en 1967-70 a abouti à la victoire du mouvement pour le droit à l’avortement ; les défenseurs du droit à l’avortement semblent s’être davantage concentrés sur l’influence envers l’élite que sur le public, contrairement au mouvement anti-avortement de cette région. Ces résultats ne fournissent que des preuves très faibles de l’affirmation selon laquelle le plaidoyer en faveur de questions spécifiques, telles que des changements dans la manière dont la production alimentaire est réglementée dans un pays, aura plus de chances de réussir si les professionnels plaident d’abord pour le changement. Les animalistes ne devraient pas accorder beaucoup de poids à ce que ça implique pour leur stratégie. » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (en anglais)

[121] « Nous constatons que la résistance et la participation non violentes sont toujours positivement corrélées au succès, même en contrôlant une variété de facteurs. » – Erica Chenoweth et Maria J. Stephan, Why Civil Resistance Works : La logique stratégique du conflit non violent.
Aux pages 6 et 13, Chenoweth note également que, « [d]ans notre ensemble de données Nonviolent Campaigns and Outcomes (NAVCO), nous analysons 323 campagnes de résistance violente et non violente entre 1900 et 2006… Cependant, ce projet s’intéresse principalement à trois formes spécifiques, intenses et extrêmes de résistance : les campagnes anti-régime, anti-occupation et de sécession ». Cela suggère que les résultats ne sont probablement pas directement transférables au mouvement des animaux d’élevage.

[122] Erica Chenowth, Mon discours à TEDxBoulder : Civil Resistance and the « 3.5% Rule », faisant référence à la recherche d’Erica Chenoweth et Maria J. Stephan, Why Civil Resistance Works : The Strategic Logic of Nonviolent Conflict (New York : Columbia University Press, 2013). Lors d’une conversation avec Direct Action Everywhere, Chenoweth a noté que « le changement de régime est un objectif important » et a suggéré que « 12 millions de personnes en désobéissance civile soutenue sur à peu près n’importe quel sujet » auraient probablement des « impacts » [formulation de DxE, pas celle de Chenoweth]. Cependant, Chenoweth a également suggéré que « le droit des animaux est sans doute un objectif plus controversé » qui « peut demander des changements politiques et culturels que moins de gens soutiennent » [123].

[123] « Lorsque nous avons examiné une série de mouvements sociaux et environnementaux en plein essor depuis les années 1980, il est devenu irréfutablement clair que ceux qui ont des bases solides et robustes – mesurées à la fois par la taille et la puissance de la base – gagnent. C’est le facteur le plus important du succès de la [National Rifle Association] depuis que le groupe s’est politisé au milieu des années 1970 et a intensifié ses efforts d’organisation à la base à partir des années 1990. Et dans presque tous les autres changements sociétaux modernes gagnants que nous avons étudiés, l’activisme de la base a joué un rôle clé. La guerre pour l’obtention du droit au mariage pour les couples de même sexe a été menée dans les urnes au niveau local et au niveau de l’État, coordonnée en grande partie par les responsables de la campagne Freedom to Marry, qui ont réussi à galvaniser les membres des principaux groupes LGBT nationaux tels que Lambda Legal, GLAD et NCLR, ainsi que des centaines de groupes locaux et d’État, en forgeant des coalitions pour galvaniser l’action de la base. De même, le mouvement contre l’alcool au volant s’est presque entièrement appuyé sur les stratégies des Mères contre l’alcool au volant (MADD), de Remove Intoxicated Drivers et d’autres organisations pour mobiliser les survivants, les familles et les amis des victimes. Le mouvement moderne de lutte contre le tabagisme a été déclenché par des militants de la base qui se sont mobilisés dans les années 1970 pour faire passer les premières interdictions communautaires en Arizona et au Minnesota… À l’inverse, les mouvements qui ont moins de succès… sautent l’étape consistant à créer des liens profonds et viscéraux entre les individus qui composent leurs mouvements, ou ne reconnaissent pas l’importance cruciale de tirer parti de la dynamique de la base. C’est un schéma que nous avons observé à maintes reprises lorsque nous avons examiné certains des mouvements en difficulté des temps modernes. Il s’agit notamment du contrôle des armes à feu et d’autres causes, telles que l’action climatique et la réforme de l’enseignement public. » – Leslie R. Crutchfield, How Change Happens : Why Some Social movements Succeed While Others Don’t, 23 et 46.

[124] « Sarah A. Soule et Susan Olsak ont créé six modèles pour tester l’effet de plusieurs indicateurs sur le taux de ratification de l’amendement sur l’égalité des droits (ERA) par différents États américains, de 1972 à 1982. Ils ont trouvé des preuves d’une association substantielle avec l’opinion publique. Le soutien public à l’égalité des droits pour les femmes avait une relation positive et significative avec la ratification de l’ERA dans tous leurs modèles : « le coefficient de 7,69 indique que lorsque l’opinion publique favorable à l’ERA augmente d’un écart-type par rapport à sa moyenne, les chances de ratification triplent presque »… La méta-analyse de Burstein et Linton a révélé que l’opinion publique n’était pas bien prise en compte dans les articles qu’ils ont analysés, mais que « dans les équations qui incluent une mesure de l’opinion publique, celle-ci a un impact significatif sur la politique de chacun ». Malheureusement, ils n’ont pas établi d’estimation quantitative de l’importance de cette variable par rapport aux autres variables. Dans le même ordre d’idées, la méta-analyse de Katrin Uba a trouvé des preuves contre son hypothèse selon laquelle la prise en compte de l’opinion publique « efface l’impact direct des mouvements sociaux sur la politique ». Néanmoins, l’opinion publique peut être positive ou négative, et cette variable peut donc encore être importante pour déterminer le succès ou l’échec des mouvements sociaux ; lorsque les mouvements sociaux ont été analysées dans des modèles ou des études de cas qui tenaient compte du rôle de l’opinion publique, cette variable a été jugée significative par les auteurs dans 48,2% des cas. » – Jamie Harris, Dans quelle mesure est-il possible de changer le cours de l’histoire ?

[125]  » La formule  » pour faire passer une loi sur le véganisme comprend  » le soutien de la base, car sans l’opinion publique de votre côté, vous n’y arriverez pas… [si] ils voient cela comme s’ils le faisaient pour une poignée d’activistes, cela n’arrivera pas. S’ils considèrent qu’ils le font pour les électeurs de tout l’État… alors ils ont une garantie… Ils cherchent toujours une garantie parce qu’ils doivent se présenter aux élections ». – Judy Mancuso, Comment faire passer une législation végane

[126] « Une façon dont le modèle DxE pourrait fonctionner est de déclencher une telle réaction de colère que le reste du pays se dirige vers le soutien de la libération animale. Cela pourrait fonctionner en changeant l’opinion de chaque personne sur les animaux, mais cela pourrait aussi créer des poches de sympathie pour la libération animale qui deviennent utiles pour pousser les politiques. » – Zach Groff, Théories du changement de DxE

[127]  » Lorsque la Cour suprême du Vermont a décidé d’autoriser les unions civiles dans cet État en 1999… Les électeurs de l’État ont rapidement renversé la décision de la cour… Aujourd’hui, cela ressemblerait à des scènes d’un univers alternatif. Le 26 juin 2015, la Cour suprême a rendu une décision qui a rendu le mariage homosexuel légal dans les cinquante États. Pourtant, avant même cette décision, un revirement spectaculaire avait déjà eu lieu. Plus de 30 États autorisaient alors les mariages homosexuels, et beaucoup d’entre eux l’avaient promulgué par un vote populaire ou des lois adoptées par des assemblées législatives élues plutôt que par des décisions judiciaires. Une majorité toujours plus grande du public exprimait son soutien à l’égalité face au mariage dans les sondages nationaux. » – Mark Engler et Paul Engler, This Is An Uprising : Comment la révolte non violente façonne le XXIe siècle, 88-9.

[128] « Il semble y avoir des preuves solides d’un lien étroit entre l’opinion publique et les décisions de la Cour suprême. La première influence probablement la seconde, à la fois directement et indirectement, bien que la taille de chacun de ces effets ne soit pas claire et puisse varier selon les questions sociales. » – Jamie Harris, Is the US Supreme Court a Driver of Social Change or Driven by it ? Une analyse documentaire

[129]  » [U]ne opinion publique plus marquée avant la décision peut augmenter les effets positifs ou diminuer les effets négatifs d’une décision de la Cour suprême sur l’opinion publique… La littérature examinée fournit également des preuves que les décisions unanimes de la Cour suprême et une opinion publique plus marquée avant la décision diminuent la probabilité ou l’ampleur des réactions négatives.  » Jamie Harris, Is the US Supreme Court a Driver of Social Change or Driven by it ? Une revue de la littérature

[130] « Les résultats de l’agrégation de 121 éléments de recherche basés sur la force de la preuve suggèrent que la prise de décision de la Cour suprême est influencée par l’opinion publique et par les activités des groupes d’intérêt. Les décisions de la Cour suprême qui sont favorables aux objectifs des mouvements sociaux peuvent encourager des changements positifs dans les attitudes, les comportements et les attitudes du public, bien que ces effets soient parfois négligeables et que les preuves soient légèrement plus faibles que celles de l’influence de l’opinion publique sur les décisions de la Cour suprême. » – Jamie Harris, Is the US Supreme Court a Driver of Social Change or Driven by it ? Une revue de la littérature

[131] « Il existe des preuves anecdotiques que ces deux décisions juridiques [les arrêts de la Cour suprême Roe v. Wade et Doe v. Bolton de 1973, qui ont rendu l’avortement « à la demande » légal dans tous les États-Unis au cours du premier trimestre de la grossesse] ont catalysé l’engagement plus profond de certains militants dans le mouvement anti-avortement. Par exemple, le sociologue Ziad Munson note qu’une « poignée » des militants qu’il a interrogés « se sont mobilisés immédiatement après les arrêts de la Cour suprême ». Au moins une organisation de défense du droit à la vie a vu son engagement et son soutien augmenter : les membres de Minnesota Citizens Concerned for Life ont augmenté de 50 % en quatre mois. En outre, la convention nationale de la National Right to Life Committee de juin 1973 a réuni environ 1 500 participants de 46 États et du Canada, soit une forte augmentation par rapport à la conférence précédente de juin 1972, qui avait réuni entre 280 et 380 participants. Les changements dans l’organisation de la National Right to Life Committee peuvent toutefois expliquer en partie cette différence. » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (leçons tirées du mouvement anti-avortement américain).

[132] « Les preuves qualitatives d’un contrecoup contre les décisions de la Cour suprême sur le mariage homosexuel et la décision Brown v. Board of Education sur la déségrégation raciale dans l’éducation sont légèrement tempérées par les critiques selon lesquelles le backlash a été créé par les circonstances plutôt que par les litiges ou les décisions de la Cour et par la recherche qui montre que les renversements législatifs des décisions de la Cour suprême sont peu fréquents, se produisant dans peut-être moins de 5% des cas… Dans l’ensemble, cette recherche suggère que, bien qu’un mouvement social ou un contrecoup législatif puisse parfois se produire et être important, il n’aboutit que rarement à un renversement direct des décisions de la Cour suprême. La littérature examinée fournit également des preuves que les décisions unanimes de la Cour suprême et une opinion publique plus marquée avant la décision diminuent la probabilité ou l’ampleur des réactions négatives, mais que le nombre de requêtes soumises par le public et les organisations pendant une affaire et une plus grande sensibilisation du public à la décision elle-même ont l’effet inverse. Il existe des preuves historiques que, tout comme un arrêt de la Cour suprême qui soutient les objectifs d’un mouvement social peut encourager la mobilisation des opposants au mouvement, un arrêt de la Cour suprême qui remet en cause les objectifs d’un mouvement peut galvaniser le mouvement dans son action. De même, un rapport a trouvé des preuves que les groupes d’intérêt touchés par des arrêts notables de la Cour suprême augmentent leur activité en réponse à ceux-ci, quelle que soit leur position sur la décision. » – Jamie Harris, Is the US Supreme Court a Driver of Social Change or Driven by it ? Une analyse documentaire

[133] « Caractéristiques de l’action directe illégale légitime… [le public] l’acceptera s’il s’agit d’un objectif dont la majorité pense qu’il devrait réellement se réaliser, comme l’interdiction des stalles à truies. » – Martin Balluch, Sauvez les animaux avec la désobéissance civile, l’action directe non violente et les campagnes de confrontation !

[73] « Au final, le mouvement anti-esclavage a utilisé une petite poignée d’élites engagées pour diriger et représenter le mouvement tout en mobilisant le soutien du public pour faire pression sur le gouvernement. Les campagnes d’abolition et d’émancipation ont toutes deux impliqué une importante organisation sur le terrain et la création de nombreuses sections locales à travers le pays. Toutes deux ont également réussi après une série d’élections pour lesquelles elles constituaient un sujet majeur d’après les électeurs. Tout cela était déjà clair pour les gens de l’époque : la Edinburgh Review a déclaré que « le bon sens de la nation a poussé nos dirigeants vers l’abolition ». – Kelly Witwicki, Social Movement Lessons From the British Antislavery Movement

[135] Qu’il s’agisse du tabagisme, de la conduite en état d’ivresse, du mariage homosexuel, du droit aux armes à feu ou d’autres questions, les vainqueurs ont fait avancer leur cause dans les chambres des États et les tribunaux, dans tout le pays, et ils ont influencé le cours de l’opinion publique. Nous pensons que l’une des principales raisons de leur victoire est qu’ils ont agi délibérément et avec persistance pour changer les cœurs et les esprits, et pas seulement les politiques. Ils se sont donné pour objectif de recadrer la façon dont les gens considéraient leur problème et ont trouvé des moyens de se connecter avec le public d’une façon profonde qui a résonné émotionnellement. » – Leslie R. Crutchfield, How Change Happens : Why Some Social movements Succeed While Others Don’t (Hoboken, NJ : Wiley, 2018), 80.

[136]  » L’impact contrefactuel du plaidoyer anti-avortement ne peut être clairement mesuré dans les enquêtes nationales, car un grand nombre d’autres facteurs affectent ces résultats, notamment les messages concurrents des défenseurs du droit à l’avortement. En dépit d’un changement très limité des attitudes à l’égard de l’avortement dans les données nationales agrégées, il y a lieu de considérer qu’il s’agit d’un succès modeste pour le mouvement anti-avortement. Néanmoins, étant donné l’accent mis par certains défenseurs de l’avortement sur l’éducation et les importantes ressources qui ont vraisemblablement été consacrées à ces interventions, un tel succès semble limité… Cependant, les tactiques d’éducation et de persuasion peuvent encore être efficaces pour générer un soutien temporaire à des initiatives politiques spécifiques. Par exemple, les discours publics et la distribution de tracts peuvent avoir contribué au rejet par le Michigan et le Dakota du Nord d’une réforme libéralisant la loi sur l’avortement en 1972. » – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement (leçons tirées du mouvement anti-avortement américain).

[137] « Le changement de norme a été historiquement considéré comme une distraction par les principaux acteurs du contrôle des armes à feu, comme la Brady Campaign et le NCSV. Dès le début, à la fin des années 1960, le « mouvement » pour le contrôle des armes à feu n’allait pas se concentrer sur des objectifs non législatifs tels que le changement des normes sociales, et n’allait pas non plus élaborer une politique à partir des entités locales », écrit Kristin Goss dans Disarmed : The Missing Movement for Gun Control in America ». – Leslie R. Crutchfield, How Change Happens : Why Some Social movements Succeed While Others Don’t, 97.

Traduction depuis https://www.sentienceinstitute.org/foundational-questions-summaries

Sommaire du corpus

Introduction
Vaut-il mieux parler de protection des animaux, d’écologie ou de santé humaine ?
S’intéresser à d’autres luttes ou se concentrer sur la question animale ?
Confrontation ou non-confrontation ?
Faut-il faire varier les éléments de communication ?
Communication polémique Vs. Autres tactiques
Faut-il s’adresser aux individus ou aux institutions ?
Faut-il cibler les influenceurs ou la population en général ?
Doit-on s’affirmer de gauche ou être non partisan ?
Les réformes welfaristes donnent-elles une dynamique ou enlisent-elle le mouvement ?
Approche réductionniste ou véganiste ?
Doit-on viser un changement social ou technologique ?
3 questions « méta » et une liste de questions complémentaires :
[meta] Focus sur les animaux d’élevage OU les animaux sauvages OU l’antispécisme en général 
[meta] Focus sur le long terme ou le court terme 
[meta] Mouvements sociaux OU essais randomisés contrôlés  OU intuition/spéculation/anecdotes OU constats externes
Questions moins explorées

2 commentaires sur “Faut-il cibler les influenceurs ou la population en général ? – Les questions fondamentales pour la défense efficace des animaux

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