Doit-on s’affirmer de gauche ou être non partisan ? – Les questions fondamentales pour la défense efficace des animaux

Explication : Devrions-nous prioriser la sollicitation de la gauche traditionnelle ou celle d’un public non partisan? Bien que ces deux options soient les plus fréquentes, d’autres options existent, comme en appeler à la gauche radicale ou exclusivement au public de droite.

Vote des experts : À Gauche 3,5/10, Non-partisane 6,5/10

Arguments pour la focalisation sur un public de gauche

  1. Les mouvements sociaux les plus discutés et les mieux étudiés au cours des 100 dernières années, tels que celui des droits des homosexuels et l’antiracisme, semblent avoir réussi avec cette méthode.
    1. Cet argument est atténué par de possibles biais de sélection, qui feraient que les mouvements axés à gauche soient plus susceptibles d’être discutés et étudiés. Un tel biais pourrait par exemple être le penchant généralisé du monde universitaire pour la  gauche [74].
  2.  Les gens de gauche pourraient être plus faciles à persuader que les gens de droite parce qu’ils sont plus susceptibles d’être végétariens,[74.1] d’acheter des produits sans animaux,[74.2] et d’avoir des cercles moraux plus étendus,[74.3] ce qui pourrait être un facteur clé du succès du mouvement animaliste.
    1. Les gens de gauche sont peut-être plus faciles à persuader que les gens de droite, pour leur tendance à étendre leur cercle moral plus loin.
    2. De manière empirique, nous constatons que la plupart du mouvement animal actuel est plutôt de gauche, y compris dans son leadership (dirigeants des associations, figures publiques, entrepreneurs…). Il s’agit là cependant d’un argument anecdotique qui pourrait être affectée par la prévalence historique des différents arguments ou par des biais de déclaration par les intéressés, entre autres. En outre, les gens de droite, en particulier les politiciens, ont souvent des liens avec les industries animales.
  3. Le spécisme est corrélé avec d’autres discriminations, en association avec la dominance sociale généralisée et l’autoritarisme de droite. [75] [75.1] [75.2]
  4. Un rapprochement plus étroit avec un grand parti politique pourrait accélérer les progrès, au moins temporairement, en augmentant le rythme des propositions de lois [75.3].

Arguments pour une focalisation non partisane

  1. On peut soutenir qu’il existe un précédent historique de mouvements étiquetés « de gauche » en stagnation et ne parvenant pas à faire de progrès significatifs, comme l’écologisme ou même le mouvement des droits des animaux jusqu’à maintenant.
  2. Une forte opposition de la droite pourrait être préjudiciable, surtout si l’on pense que des sympathisants parmi la droite pourraient atténuer l’opposition des industries animales.
  3. Dans le mouvement anti-esclavage britannique, les défenseurs se concentraient étroitement sur leurs objectifs communs, ignorant les différences majeures dans leurs points de vue sur d’autres questions. [76] Le leader parlementaire du mouvement, Wilberforce, était Tory [conservateur], et bien qu’il semble que davantage de politiciens libéraux étaient favorables à l’abolition et à l’émancipation, le mouvement n’a pas été identifié comme lié aux Whigs [progressiste]. Les campagnes anti-esclavage n’ont pas essayé de lier le mouvement à l’un à l’autre des partis. [77]

Arguments non tranchés

  1. L’orientation de gauche se prête mieux à une convergence des luttes. Ceci était particulièrement apparent au sein de l’activisme anti-OGM en Europe et aux Etats-Unis, où le scepticisme envers les OGM faisait partie d’un ensemble de revendications de gauche. [78]
  2. Le partisanisme conduit probablement à plus de polarisation.
  3. Se concentrer sur la gauche traditionnelle signifie qu’il est probablement plus difficile de mettre en œuvre des changements politiques lorsqu’un gouvernement de droite est au pouvoir. D’un autre côté, cela rend les choses plus faciles quand l’administration est de gauche. [79]
[74] « Des résultats indiquent que les professeurs sont plus libéraux que d’autres Américains parce qu’une plus grande proportion ont de hauts diplômes, présentent une disparité entre leurs niveaux d’éducation et de revenu, s’identifient comme juifs, non-religieux, ou protestant non-conservateur, et expriment une plus grande tolérance pour les idées controversées. » – Neil Gross and Ethan Fosse, Why Are Professors Liberal?

[74.1] “Les données existantes révèlent des corrélations entre, d’une part, les idéologies de droite telles que l'[autoritarisme de droite] et l'[orientation vers la domination sociale] et, d’autre part, les attitudes à l’égard de l’exploitation des animaux en tant qu’objets au profit de l’homme (par exemple les tests sur les animaux, l’industrie de la fourrure, les rodéos) et l’expression de comportements dus aux systèmes de croyances dominants concernant les relations entre l’homme et l’animal, comme la consommation de viande. En effet, les personnes qui adoptent des attitudes et des valeurs de droite sont plus susceptibles de soutenir et de pratiquer l’exploitation des animaux et de s’identifier comme mangeurs de viande.(e.g., Allen, Wilson, Ng, & Dunne, 2000; Dietz, Frisch, Kalof, Stern, & Guagnano, 1995; Hyers, 2006). De même, les adhérents de droite ont tendance à consommer davantage de viande dans la vie quotidienne (e.g., Allen et al., 2000; Allen & Ng, 2003; Ruby, 2012).” – Kristof Dhont and Gordon Hodson, Why do right-wing adherents engage in more animal exploitation and meat consumption?

[74.2] « Plusieurs études ont montré que les libéraux américains sont plus susceptibles de soutenir la viande cellulaire que les conservateurs et que les hommes en ont généralement une opinion plus positive que les femmes, mais cette tendance s’est inversée dans un échantillon chinois.” – Matti Wilks and Jacy Reese Anthis, “Consumer Acceptance,” in Cellular Agriculture: Developing Animal Products Without Animals (Amsterdam, Netherlands: Elsevier, 2020) (Forthcoming)

[74.3] “Dans cet article, nous testons empiriquement les explications de la variation du soutien aux droits des animaux au niveau individuel et à travers les États-Unis. Nous nous appuyons sur une combinaison d’enquêtes nationales d’opinion publique et de données transversales sur les lois relatives aux droits des animaux dans les cinquante États américains. Nous trouvons un lien fort entre la reconnaissance des droits de l’homme et des droits des animaux, tant au niveau de l’attitude individuelle qu’au niveau de la politique des États américains. Nos résultats démontrent que le soutien aux droits des animaux est fortement lié au soutien des populations humaines défavorisées ou marginalisées, notamment les groupes LGBT, les minorités raciales, les immigrants sans papiers et les pauvres.” – Yon Soo Park and Benjamin Valentino, Animals Are People Too: Explaining Variation in Respect for Animal Rights

[75] Dans l’étude 3, nous présentons des corrélations positives entre le spécisme et les attitudes discriminantes telles que le racisme, le sexisme, l’homophobie et les constructions idéologiques associées aux préjugés tels que l’orientation en domination sociale, la justification du système et l’autoritarisme de droite. Ces résultats suggèrent que des mécanismes similaires pourraient sous-tendre à la fois le spécisme et d’autres formes de préjugés bien documentés. » Caviola et al., The Moral Standing of Animals: Towards a Psychology of Speciesism
[75.1] « En 2012, cet indice était de 27% pour les républicains blancs et de 19% pour les démocrates blancs. Il y a donc un écart partisan, mais pas aussi important que certains commentateurs politiques pourraient le faire croire. Il y a des racistes blancs dans les deux partis. Pour la plupart des questions, ils représentent une minorité d’électeurs blancs dans les deux partis. Ils représentent probablement une minorité un peu plus grande de républicains blancs que de démocrates blancs. »  – Nate Silver and Allison McCann, Are White Republicans More Racist Than White Democrats?

[75.2] Cependant, une étude sur l’expansivité morale n’a pas trouvé de relation significative avec le conservatisme politique, bien que des recherches antérieures aient trouvé une relation significative pour une moindre considération morale envers les membres du groupe extérieur.  » L’étude 1 avait trois fonctions […] [explorer comment l’expansivité morale varie en fonction des caractéristiques démographiques (âge, conservatisme politique, religiosité et sexe)… étant donné que le conservatisme politique est associé à une moindre considération morale envers les membres du groupe extérieur (Bassett, 2010 ; van Leeuwen et Park, 2009) et à un moindre engagement dans l’environnementalisme (Neumayer, 2004), nous nous attendions à une association négative entre l’expansivité morale et le conservatisme politique… Il n’y avait pas de relation significative entre l’échelle d’expansivité morale et le conservatisme politique.] and demographic variables: age, r .09, p .35; conservatism—economic, r .18, p .06; conservatism—social, r .04, p .29; or Religiosity, r .09, p .34.” – Daniel Crimston, Paul G. Bain, Matthew J. Hornsey, and Brock Bastian, Moral Expansiveness: Examining Variability in the Extension of the Moral World

[75.3] “Il semble intuitivement probable que le nombre de textes de loi anti-avortement qui ont été introduites est aussi important qu’il l’est en raison du fort intérêt politique du parti républicain à obtenir des victoires anti-avortement démontrables.” – Jamie Harris, Social Movement Lessons From the US Anti-Abortion Movement

[76] Wilberforce était très conservateur dans la plupart des questions, alors que Clarkson a soutenu le jacobinisme français – une affinité qu’il a minimisée – et a cru que les femmes devraient pouvoir prendre un rôle dans les affaires publiques; Les Quakers et les Anglicans étaient fortement divisés socialement, et Sharp était hostile envers les confessions des alliés Quakers et Catholiques, mais la coalition des partisans anti-esclavagistes Quakers et Anglicans sur la question de l’esclavage était importante; Les opinions des dirigeants anti-esclavagistes, même sur le rôle de la race dans l’ordre social, variaient considérablement. Ces acteurs essentiels auraient été perdus pour le mouvement s’ils insistaient pour travailler uniquement vers leur objectif commun avec des personnes qui partageaient leurs autres priorités et points de vue. – Leçons du mouvement social du mouvement anti-esclavage britannique
[77] «Wilberforce était un Tory, et bien qu’il semble que les politiciens plus libéraux étaient plus militants, le mouvement n’a pas été repris dans l’identité Whig et les campagnes n’ont pas essayé de lier le mouvement à l’un ou l’autre des partis.» – Kelly Witwicki, Social Movement Lessons From the British Antislavery Movement
[78] « L’inquiétude [à propos des OGM] faisaient partie d’un mouvement politique et culturel plus large dans la seconde moitié du 20ème siècle, de suspicion croissante et de résistance envers les gouvernements, les entreprises, les processus de mondialisation, la modernité et le scientisme. Les liens entre différentes causes défendues par les militants jouent un rôle important dans l’histoire de la militance anti-OGM. Lorsque ‘les manifestants ont mis fin à un meeting de l’Organisation mondiale du commerce à Seattle en décembre 1999, les opposants au génie génétique ont pris place au côté des métallurgistes, des militants religieux exigeant l’annulation de la dette des pays pauvres et des défenseurs des forêts tropicales’. Des causes sociales apparemment non liées entre elles peuvent se rassembler aux mêmes endroits, en partageant des ressources, des connaissances et en se sensibilisant mutuellement. » – J. Mohorčich, What can the adoption of GM foods teach us about the adoption of other food technologies?, citant en partie Daniel Charles, Lords of the Harvest: Biotech, big money, and the future of food, 250.
[79] Un examinateur a noté qu’il pourrait être plus difficile d’adopter des réformes en général sous un gouvernement de droite.
Traduction depuis https://www.sentienceinstitute.org/foundational-questions-summaries

Sommaire du corpus

Introduction
Vaut-il mieux parler de protection des animaux, d’écologie ou de santé humaine ?
S’intéresser à d’autres luttes ou se concentrer sur la question animale ?
Confrontation ou non-confrontation ?
Faut-il faire varier les éléments de communication ?
Communication polémique Vs. Autres tactiques
Faut-il s’adresser aux individus ou aux institutions ?
Faut-il cibler les influenceurs ou la population en général ?
Doit-on s’affirmer de gauche ou être non partisan ?
Les réformes welfaristes donnent-elles une dynamique ou enlisent-elle le mouvement ?
Approche réductionniste ou véganiste ?
Doit-on viser un changement social ou technologique ?
3 questions « méta » et une liste de questions complémentaires :
[meta] Focus sur les animaux d’élevage OU les animaux sauvages OU l’antispécisme en général 
[meta] Focus sur le long terme ou le court terme 
[meta] Mouvements sociaux OU essais randomisés contrôlés  OU intuition/spéculation/anecdotes OU constats externes
Questions moins explorées

3 commentaires sur “Doit-on s’affirmer de gauche ou être non partisan ? – Les questions fondamentales pour la défense efficace des animaux

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s