Individualisme ou altruisme relationnel: L’importance de la diversité d’opinions (7/7)

Cette série de textes a schématisé deux tendances opposées dans la manière de vivre le polyamour, appelées altruisme relationnel et individualisme relationnel, avant de tester ce modèle bipolaire sur plusieurs cas pratiques. Si personne ne correspond exactement à chacun de ces pôles, nous piochons forcément dans l’une ou l’autre de ces tendances suivant notre histoire et les situations auxquelles nous sommes confronté·e·és. Il peut être important, au sein de nos relations, de connaître le positionnement de l’autre sur les questions abordées dans cette série de textes, afin d’éviter des incompréhensions ou déceptions mutuelles.

Sommaire :

  1. La mauvaise influence
  2. La responsabilité émotionnelle
  3. Dépendance affective et exigence vis-à-vis de l’autre
  4. Paradoxe de la bienveillance neutre
  5. Le refus des critiques
  6. Le polyamour comme plusieurs couples / le polyamour comme célibat libertin
  7. L’importance de la diversité d’opinions

Après avoir côtoyé le milieu poly parisien depuis 5 ans, j’ai l’impression que les pratiques actuelles des personnes polyamoureuses semblent assez imprégnées d’un altruisme relationnel plutôt conforme à la norme romantique monogame. Cependant, j’ai aussi l’impression que beaucoup de personnes dévouées à la communauté polyamoureuse et prenant la parole publiquement (par écrit ou lors d’événements communautaires) semblent au premier abord adhérer davantage à des conceptions individualistes.

Cette différence entre les pratiques et leur représentation publique, si elle est avérée, peut s’expliquer de plusieurs manières :

Premièrement, comme il a été signalé en introduction, les auteur·e·s français·e·s plus proches d’une vision libertaire et altruiste (tel·le·s que Françoise Simpère) sont en minorité comparées aux auteurs américain·e·s imprégné·e·s de culture individualiste (Kimchi Cuddles, Salope Éthique, …). Il serait alors logique que les personnes s’intéressant le plus aux questions posées par le polyamour lisent en majorité ces ouvrages et se retrouvent imprégnées de conceptions plutôt individualistes.

Deuxièmement, les personnes en questionnement sur leur vie polyamoureuse sont sur-représentées lors des événements tels que les cafés poly. On peut penser que celles et ceux qui cherchent le plus à les aider sont celles qui sont passées par les mêmes problématiques, ayant éventuellement eu plus de difficultés à s’adapter au polyamour.
Or, il y a fort à parier que les théories individualistes, encourageant à ne pas s’occuper des autres pour mieux s’occuper de soi, soient particulièrement adaptées à des personnes vivant avec difficulté leurs relations intimes (ainsi qu’à d’éventuelles personnes se servant du polyamour pour mieux justifier socialement leur libertinage). Alors que l’apprentissage de la compassion envers soi-même permet de résister à des périodes de crises comme l’entrée dans le polyamour peut en entraîner, l’altruisme relationnel peut permettre un bonheur plus durable mais demande à être construit sur des bases saines, dans la sérénité et la confiance envers autrui.
Paradoxalement, les personnes ayant pu construire leurs relations sur une base d’altruisme relationnel l’auront probablement fait en rencontrant moins d’obstacles. Elles seront alors moins enclines à se sentir incluses dans une communauté solidaire et à aider les autres polyamoureuses en retour.

Troisièmement, en plus d’être adaptées aux situations de crises, les approches individualistes permettent aussi de contrer certains excès de la culture mono (ex:si je suis jaloux c’est ta faute, tu n’as pas le droit de t’intéresser à d’autres que moi, etc.). Les personnes expérimentées qui prennent la parole vont alors souvent défendre des positions individualistes adaptées à la situation de leur public, quelles que soient leurs propres pratiques. Hors ces personnes servent (parfois malgré elles) de références pour des poly en questionnement, qui vont ensuite construire leurs pratiques relationnelles sur la base de ce qu’elles ont lu ou entendu.

Il en ressort que les prises de parole publiques encourageant à favoriser l’interdépendance et à se sentir responsable de l’autre sont assez minoritaires. Si le milieu polyamoureux se méfie (et il fait bien !) de ne pas rejeter une norme dominante pour en créer une nouvelle, nous devons faire attention à éviter que certaines idées commencent à “aller de soi” comme en témoignage des phrases toutes faites énoncées avec certitude telles que “tu n’es pas responsable de ses sentiments”. Face au déséquilibre que j’ai perçu, j’ai voulu ici mettre en avant l’altruisme relationnel. Il est important que les personnes qui découvrent le polyamour puisse avoir accès facilement à des conceptions et avis contradictoires sur ce qu’est le polyamour et les différentes manières de le vivre, afin de pouvoir faire des choix éclairés.

Il est plus facile de faire confiance à une communauté capable d’autocritique qu’à une communauté fustigeant à l’unisson l’ « autre » (ici, le monogame) ou s’auto-validant à outrance. Avoir conservé cet esprit critique, cette liberté de ton et une diversité d’opinions est pour moi un grand succès pour notre communauté, à nous de les conserver. Adopter une norme pressante et du soupçon (voire une animosité) envers les critiques (internes et encore plus externes) serait la pire chose à laquelle pourrait malheureusement nous mener le rejet des polyamoureux (polyphobie), si elle s’accentuait dans l’avenir.

6 commentaires sur “Individualisme ou altruisme relationnel: L’importance de la diversité d’opinions (7/7)

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