Individualisme ou altruisme relationnel: la mauvaise influence (1/7)

Sommaire :

  1. La mauvaise influence
  2. La responsabilité émotionnelle
  3. Dépendance affective et exigence vis-à-vis de l’autre
  4. Paradoxe de la bienveillance neutre
  5. Le refus des critiques
  6. Le polyamour comme plusieurs couples / le polyamour comme célibat libertin
  7. L’importance de la diversité d’opinions

Il existe dans le milieu polyamoureux français une tendance individualiste assez paradoxale pour un mouvement regroupant de nombreuses personnes aux idées humanistes. Ces influences venues des états-unis sont un apport à la réflexion intéressant pour celles qui s’intéressent au sujet depuis quelques temps. Cependant, la large diffusion de textes traduits de l’anglais trouvables en librairie (ex: La salope éthique) ou sur le net peuvent vite donner l’impression d’une culture individualiste dominante dans le milieu polyamoureux. Les poly débutant·e·s venant se renseigner subissent cette influence, que cette suite de textes propose de nuancer et mettre en concurrence avec une autre manière de vivre ses relations: l’altruisme relationnel.

Les textes qui suivent vont schématiser 2 courants dans la communauté polyamoureuse: un courant libertaire-altruiste relationnel et un courant libertarien-individualiste relationnel.

Alors que l’individualisme relationnel considère les personnes comme indépendantes et met l’accent sur le besoin de liberté, l’altruisme relationnel considère les personnes comme interdépendantes et met l’accent sur la solidarité.

L’adhésion à l’un de ces 2 courants entraîne une divergence d’opinion sur les questions suivantes, qui seront abordées en détail par la suite:

  • Est-ce que l’autre est responsable de mes émotions ?
  • Est-ce qu’il faut encourager la critique au sein des relations ?
  • A quel point doit-on s’occuper des affaires de l’autre ?
  • Est-ce que la dépendance affective est un bien ou un mal ? Que peut-on exiger de l’autre ?
  • Le polyamour est-il une multiplication des vies de couple ou un rejet des contraintes liées au couple ?

Le courant individualiste relationnel semble s’imposer de plus en plus dans les prises de parole publiques, au risque de parfois constituer une nouvelle norme polyamoureuse.

Pour que chacun·e puisse trouver sa place et s’épanouir dans le polyamour, notre communauté doit défendre une plus grande diversité d’opinions contradictoires en son sein et se méfier d’une trop grande influence de l’individualisme relationnel. Les sujets qui vont être abordés dans cette série de texte gagnent à être abordés dans chaque relation, afin d’éviter de fâcheuses incompréhensions dans la façon de voir le polyamour.

Retour aux sources du polyamour

amour anarchisteSi le mot “polyamory” (francisé en polyamour) a été popularisé aux états unis dans les années 90, la france a une culture politique de l’amour libre remontant au 19ième siècle, avec le rejet anarchiste de la “propriété amoureuse”. Il en va de l’amour libre comme du père noël et de St Nicolas: originaire d’europe, il nous est revenu dénaturé par une culture individualiste et consumériste, dont l’influence culturelle et commerciale nous a fait oublier le modèle d’origine.

L’amour libre a un fondement politique issu d’une remise en cause libertaire et révolutionnaire de l’amour propriétaire et des enjeux de pouvoirs qu’il implique (en particulier capitalistes et patriarcaux, en analysant très tôt le couple comme fondement du patriarcat). La mouvance anarchiste dont il est issu, hors des clichés parfois assimilés à l’anarchisme relationnel, n’implique pas l’absence de règles ou de contrainte interpersonnelles. Au contraire, la défense du plus faible contre le plus fort et le renversement des enjeux de pouvoirs nécessite la présence de règles et de structures, afin d’instaurer la solidarité et de s’unir contre les injustices sociétales.

Le modèle libertarien  prône quant à lui l’absence de règle et la quête individualiste et sans entrave de la satisfaction personnelle. Ce modèle retranscrit l’imaginaire collectif du pionnier américain, arrivant dans un vaste espace dans lequel il peut agir à sa guise. Toute personne est pleinement responsable d’elle même et la liberté individuelle est érigée en valeur suprême. Seul le principe de non-agression (directe) régit la vie collective, les enjeux de pouvoirs indirects plus subtils ou les conditionnements sociétaux étant passés sous silence.

Au fondement philosophique, le désaccord sur l’égo

On retrouve à la racine de ces pensées une approche fondamentalement différente de ce qu’est l’identité. Le but de cette série de texte et conceptualiser 2 approches antagonistes du polyamour. Si ce qui suit verse volontier dans la caricature, il peut être bon de grossir le trait pour bien comprendre ce que sont ces approches, comment elles se construisent et quelles sont leurs conséquences sur nos relations. Dans nos relations, nous avons toujours une part plutôt individualiste et une part plutôt altruiste.

Souscrire à la croyance d’un égo ne signifie pas forcément adopter toutes les attitudes ci-dessous. Tout comme nier la réalité de l’égo ne signifie pas rejeter toutes ces attitudes.

A la source de l’individualisme: la croyance en un “vrai moi” immuable

Depuis le “Cogito ergo sum” cartésien jusqu’aux thèses de développement personnel (en passant par certaines approches psychologiques et la majorité des courants philosophiques occidentaux), il existe un ego, fondement de la personnalité “vraie”. La croyance en l’ego permet de cristalliser une image d’identité profonde et d’affirmer, par exemple, qu’on “s’éloigne de soi”, qu’on “ne se respecte pas”, qu’on “se recentre”. Dans cette conception, il existe une séparation nette (inspirée de la psychanalyse freudienne) d’un vrai moi, permanent, autour duquel gravitent d’autres sources de volontés telles que l’inconscient, l’éthique personnelle et bien sûr les sources d’influences extérieures. Dans nos relations, les égos sont imperméables et agissent en parallèle les uns des autres, parfois en s’entrechoquant, mais l’essence réelle de la personne, présente (au choix) dès la naissance ou dès les premières années de la vie, demeure.
Il s’ensuit que d’après cette approche, dans nos relations, nous sommes par nature indépendant·e·s.

Le fondement des théories altruistes: Déterminisme sociale de l’individualité et impermanence de l’être

Pour un certain nombre de courants philosophiques ou spirituels (en particulier le bouddhisme), l’ego est la représentation fausse qu’un individu se fait de lui-même. L’ego est une illusion, une fausse personnalité constituée de souvenirs et d’expériences. Cet ego est l’étiquette ultime qu’on peut se coller dessus. Il est une tentative de l’esprit de contrôler le changement inhérent à la vie plutôt que de l’accepter. Il introduit une illusion de stabilité rassurante au début, mais sclérosante. L’éloignement graduel de la réalité et des aspirations changeantes produit une nécessité d’un combat pour la défendre (vexations, « honneur » bafoué, insultes, etc.). L’ego correspond alors à une image imparfaite (car la connaissance et la conscientisation totale de soi est impossible) donnée à un instant précis.
Le “vrai moi” n’existe pas, et c’est en connaissance de cela qu’on peut chercher à mieux approcher les processus déterminent nos actions, nos désirs et nos pensées.
Une fois l’illusion de l’ego dépassée, on peut envisager l’identité comme un flux. Chaque influence que nous percevons est reçue, incorporée, retravaillée… notre personnalité est indissociable de notre environnement et des objets, idées ou personnes avec lesquelles nous interagissons. Avant notre naissance, notre personnalité est pratiquement une page vierge. Les influences naturelles (génétiques ou épigénétiques) sont minimes comparées aux grands changements que provoqueront l’ensemble de toutes les influences extérieures (culturelles ou sociétales) qui orienteront tout au cours de notre vie ce qui sera notre personnalité.
Il s’ensuit que d’après cette approche, dans nos relations, nous sommes par nature interdépendant·e·s.

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10 commentaires sur “Individualisme ou altruisme relationnel: la mauvaise influence (1/7)

  1. Ce texte dénote une incompréhension profonde du mouvement de pensée responsabilisante assimilé à tort à la pensée libertaire. Les élucubrations maladroites sur une interprétation douteuse de la notion d’égo achèvent de décrédibiliser cet essai raté.

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    1. Je ne ne suis pas sûr de ce que vous appelez « pensée responsabilisante ». Je n’emploi pas ce terme et ne le retrouve pas via google. Si vous parlez d’une approche que je décris comme individualiste (comme semblent l’indiquer vos autres commentaires), je ne la lie pas au libertarisme mais au contraire au libertarianisme. N’étant pas un grand lecteur de Ayn Rand ou d’autres auteurs de cette fibre, je me tiens surtout à l’analyse qu’en fait M. Ricard et à mes lectures telles que « la salope éthique », ceci http://lovecoop.org/polyamour-la-jalousie/ ou encore la description du polyamour dans quelques médias http://tetu.com/2018/01/05/test-situez-lechelle-couple-ouvert/.

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